LA CITOYENNETÉ NE S’APPREND PAS LE JOUR DU VOTE

À l’approche des élections législatives du 23 septembre 2026, une question dépasse largement le calendrier électoral : que faisons-nous pour que notre jeunesse ait envie de participer à l’avenir de son pays ? La question est d’autant plus importante que nous assistons, dans de nombreuses sociétés, à une forme de désenchantement collectif. Un nihilisme social s’installe parfois silencieusement : cette impression que plus rien n’a vraiment de sens, que les discours se ressemblent, que les promesses politiques appartiennent à un langage d’adultes auquel les nouvelles générations ne croient plus vraiment. Le jeune regarde, écoute, observe les débats, les campagnes, les déclarations, les affrontements sur les réseaux sociaux et peut finir par se dire : « À quoi bon ? » À quoi bon voter ? À quoi bon s’engager ? À quoi bon défendre une idée ? À quoi bon croire aux institutions ? À quoi bon participer lorsque l’on a le sentiment que les décisions se prennent ailleurs ? C’est précisément contre cette tentation du « à quoi bon » qu’il faut reconstruire une véritable culture de la citoyenneté. Car le nihilisme social n’est pas seulement le refus de croire. Il est aussi le retrait. C’est le moment où l’individu cesse de penser qu’il peut avoir une influence sur le monde qui l’entoure. Il ne conteste même plus : il se désintéresse. Il ne débat plus : il se déconnecte. Il ne participe plus : il regarde. Et lorsque cette attitude gagne la jeunesse, elle devient un enjeu majeur pour l’avenir d’une Nation. Il serait cependant trop facile de reprocher aux jeunes leur désintérêt. Avant de leur demander pourquoi ils ne croient plus au discours politique, il faut peut-être nous demander si nous avons suffisamment su leur parler de politique. Avons-nous su leur expliquer que la politique ne se résume pas aux partis, aux élections, aux querelles partisanes ou aux promesses de campagne ? Avons-nous su leur montrer que la politique, dans son sens le plus noble, est la manière dont une société organise son présent et prépare son avenir ? Parce que lorsqu’un adolescent s’interroge sur son école, son université, son emploi futur, sa ville, ses transports, son environnement, son système de santé, sa sécurité, sa culture ou les possibilités qui lui seront offertes demain, il pose déjà des questions politiques. La politique commence là où nous réfléchissons à la vie collective. Et la citoyenneté commence lorsque nous comprenons que nous en sommes tous responsables. Le Maroc connaît aujourd’hui une dynamique profonde de transformation et de modernisation, portée par les Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste et le glorifie. Cette vision nationale, qui place le développement humain, la modernisation, la cohésion sociale, la jeunesse et l’avenir du Royaume au cœur de l’action, ne peut véritablement produire tous ses effets sans l’implication des générations qui construiront le Maroc de demain. La jeunesse ne doit donc pas être considérée uniquement comme une population à accompagner. Elle doit être considérée comme une force à mobiliser. Une force d’idées, une force de créativité, une force d’innovation, une force d’engagement, une force citoyenne. Car il existe une contradiction que nous devons regarder en face : nous parlons beaucoup de la jeunesse, mais nous ne lui parlons pas toujours suffisamment. Et surtout, nous ne lui parlons pas toujours avec le langage qui est le sien. Pour intéresser un jeune à la politique, il ne suffit pas de lui présenter des programmes ou des slogans. Il faut lui parler de son avenir. Il faut lui demander ce qu’il veut pour son pays dans dix, vingt ou trente ans. Il faut lui demander quelle école il imagine, quelle université il souhaite, quelles villes il veut habiter, quel environnement il veut transmettre à ses enfants, quelle place il souhaite donner à la culture, au sport, à la science, à l’intelligence artificielle, à l’entrepreneuriat. Il faut lui dire : ton avenir personnel et l’avenir de ton pays sont liés. Cette phrase peut sembler simple. Elle est pourtant fondamentale. Car le jeune qui comprend qu’il est directement concerné par l’avenir collectif cesse progressivement de regarder la politique comme un spectacle qui se déroule sans lui. Il commence à comprendre qu’il en est un acteur potentiel. C’est ici que l’éducation à la citoyenneté prend tout son sens. Elle doit commencer très tôt. Pas pour faire de l’enfant un militant, pas pour lui imposer une orientation politique et encore moins pour lui transmettre les préférences de ses parents, mais pour lui apprendre à comprendre. Comprendre qu’une société fonctionne avec des règles, comprendre que les droits impliquent des devoirs, comprendre que la liberté implique la responsabilité, comprendre que l’autre peut avoir une opinion différente, comprendre qu’un désaccord n’est pas nécessairement un conflit, comprendre que voter est un droit, mais aussi une manière de participer à la construction collective. L’éducation politique ne doit pas apprendre à l’enfant quoi penser. Elle doit lui apprendre à penser. Et dans un monde dominé par les réseaux sociaux, cette mission est devenue essentielle. Nos jeunes vivent dans une abondance permanente d’informations. Ils peuvent être exposés en quelques minutes à des dizaines d’opinions, de vidéos, de commentaires, de rumeurs et de fausses informations. La citoyenneté du XXIe siècle exige donc également une citoyenneté numérique : savoir vérifier une information, savoir identifier une manipulation, savoir distinguer un fait d’une opinion, savoir débattre sans insulter, savoir ne pas partager une rumeur, savoir accepter de ne pas être d’accord. Ce sont désormais des compétences citoyennes. Mais la citoyenneté ne se limite pas au numérique. Elle se vit dans la rue, à l’école, dans la famille, dans le quartier, dans l’association, dans le club sportif, dans l’université et dans l’entreprise. Elle se trouve dans le respect des espaces publics, dans le respect des personnes âgées, dans la protection de l’environnement, dans la solidarité, dans le refus de la violence, dans le respect des règles et dans le soin apporté aux biens communs. C’est cela, le civisme. Et le civisme est la première manifestation de la citoyenneté. Nous devons donc apprendre à nos enfants que leur pays ne leur appartient pas seulement comme un héritage. Il leur appartient aussi comme une responsabilité. Cette responsabilité ne doit cependant pas être vécue comme un poids. Elle doit être vécue comme une confiance. Dire à un jeune « tu es responsable de l’avenir » peut parfois lui sembler abstrait. Lui dire « ton pays a besoin de ton talent » est différent. Lui dire « ton idée peut devenir un projet » est différent. Lui dire « ton engagement peut améliorer ton quartier, ton école, ta ville ou ton pays » est différent. Nous devons passer d’une culture de la plainte à une culture de la contribution. Et cela ne signifie pas demander aux jeunes d’accepter tout, de ne rien critiquer ou de renoncer à leurs exigences. Au contraire, une citoyenneté vivante est une citoyenneté qui questionne, qui propose, qui interpelle et qui participe. Aimer son pays ne signifie pas considérer qu’il est parfait. Aimer son pays signifie aussi vouloir contribuer à le rendre meilleur. C’est précisément cette énergie qu’il faut transmettre à notre jeunesse. Les chiffres de la participation électorale nous rappellent l’ampleur du défi. En 2021, environ 17,5 millions de Marocains étaient inscrits sur les listes électorales, mais seulement environ 8,8 millions ont effectivement voté. Cela signifie qu’une grande partie des citoyens en âge de voter n’a pas participé au scrutin. Et cette réalité doit nous interroger, non pas pour culpabiliser, mais pour comprendre. Car derrière l’abstention, il peut y avoir de l’indifférence, de la méfiance, de la déception, un manque d’information, mais aussi parfois le sentiment que la politique ne parle plus suffisamment aux citoyens. Le véritable défi n’est donc pas simplement de faire voter davantage. Il est de redonner envie de participer. Et cette reconquête ne se fera pas uniquement quelques semaines avant une élection. Elle se prépare à l’école, elle se construit dans la famille, elle se développe dans la société, elle se nourrit de l’exemple des adultes et elle se renforce lorsque les jeunes sont réellement associés aux projets qui les concernent. Il faut leur donner des responsabilités avant de leur demander des votes. Il faut leur donner une place avant de leur demander leur participation. Il faut leur donner la parole avant de leur reprocher leur silence. Le Maroc possède une jeunesse immense en potentiel, en créativité et en ambition. Elle est connectée au monde, ouverte aux nouvelles technologies, capable d’entreprendre et de porter des projets extraordinaires. Elle doit également devenir une jeunesse pleinement consciente de sa responsabilité citoyenne. Le jeune Marocain ne doit pas être uniquement celui qui espère trouver sa place. Il doit être celui qui contribue à créer cette place. Il doit pouvoir se dire : « Je ne suis pas spectateur du Maroc. J’en suis un acteur. » Voilà peut-être le message politique le plus important à transmettre aujourd’hui. Dans la vision de développement portée sous les Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste et le glorifie, la jeunesse ne peut être uniquement bénéficiaire des transformations du pays. Elle doit également en devenir l’un des moteurs. Parce qu’une vision nationale, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut être pleinement portée sans une génération qui y croit, qui la comprend, qui la prolonge et qui la transforme en réalité quotidienne. Le Maroc de demain aura besoin de médecins, d’ingénieurs, d’enseignants, de chercheurs, d’entrepreneurs, d’artistes, de sportifs, de fonctionnaires, de journalistes, de responsables associatifs, de dirigeants et, surtout, de citoyens. Des citoyens capables de dire : « Je veux participer. » C’est peut-être là que se trouve la réponse au nihilisme social. Non pas dans les discours moralisateurs, mais dans l’action. Non pas dans la culpabilisation, mais dans la confiance. Non pas dans la peur de perdre la jeunesse, mais dans la volonté de lui transmettre quelque chose qui mérite d’être construit. La citoyenneté est précisément cette passerelle entre l’individu et la Nation. Elle transforme le spectateur en acteur, l’indifférent en participant, le consommateur de politique en citoyen et le jeune désabusé en jeune capable de reprendre possession de son avenir. À l’approche de ces élections législatives, il ne faut donc pas seulement demander à nos jeunes : « Allez-vous voter ? » Il faut leur poser une question beaucoup plus profonde : « Quel Maroc voulez-vous construire ? » Parce que derrière cette question se trouve toute la promesse de la citoyenneté. Un pays ne se construit pas uniquement dans les institutions. Il se construit dans les consciences. Il ne se construit pas uniquement par les décisions des responsables politiques. Il se construit aussi par les choix quotidiens de millions de citoyens. Et il ne se construira pas sans sa jeunesse. Alors, donnons-lui confiance. Donnons-lui des responsabilités. Donnons-lui des espaces de débat. Donnons-lui des projets. Donnons-lui surtout la conviction que sa voix compte. Car la meilleure manière de lutter contre le nihilisme social n’est pas de demander aux jeunes de croire aveuglément. C’est de leur donner suffisamment de raisons de croire en leur capacité d’agir. La citoyenneté n’est pas seulement un droit. Elle est une force. Elle est une responsabilité. Elle est une manière d’aimer son pays par l’action. Et le Maroc de demain mérite une jeunesse qui ne se contente pas de regarder son histoire s’écrire. Il mérite une jeunesse qui prenne sa place pour l’écrire avec lui.