ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2026 – CHAQUE PEUPLE MÉRITE SON GOUVERNEMENT

Depuis que les élections existent au Maroc, on peut affirmer, sans ambages, sans détours, que les pratiques hors-la-loi ont toujours eu droit de cité dans la pratique et la gestion des votes, des scrutins et le monnayage des bulletins que l’on glisse dans la fente d’une urne. Ça ne date pas de cette campagne électorale pour les législatives de 2026, ni pour celle de 2021, ni celle de 2016, ni celle de 2011, ni des dizaines d’années avant. On peut aisément parler d’un rituel, d’une habitude, d’une tradition. Quand certains veulent se faire élire, ils invitent les électeurs à faire bombance. La boustifaille fait office de présentation et de pacte électoral entre le futur élu et ces électeurs. Ne dit-on pas que quand on a le ventre plein, la tête est prête à entonner la chansonnette ! C’est ici le cas. Puis, après manger, il faut glisser le billet dans la main de celui qui va voter. Ça varie selon les cas, les régions, les enjeux et la tête du client, c’est-à-dire, le futur élu. 100 dirhams est le tarif d’entrée. Puis, ça monte : 200, 300, jusqu’à 500 dirhams. Voire 1000 dirhams. Cela porte un nom terrible et méprisable : vendre sa voix pour deux francs six sous. C’est très grave, mais ça rend compte de l’état réel de la société dans ses relations alambiquées avec ceux qui font commerce de politique. On ne peut d’un côté, accepter un billet bleu, et de l’autre crier au scandale quand l’élu ne donne plus signe de vie pendant cinq ans. La transaction a le mérite d’être claire : « tu me vends un service et je paie un service ». C’est immoral, c’est mercantile, c’est crapuleux, c’est criminel, d’une part comme de l’autre, absolument, mais ce sont là des pratiques décriées tous les ans, par des millions de personnes, pourtant, personne n’hésite à vendre sa voix, à si bas prix. Le citoyen est partie prenante de la supercherie et de la corruption. Il y participe, avec cupidité, le sourire en prime. Il peut passer cinq ans à déblatérer dans un café sur la malhonnêteté de monsieur l’élu, le citoyen ne doit en aucun cas se dédouaner en oubliant que c’est lui le premier fonds de commerce au rabais.  Et de ce fait, il ne peut en aucun cas exiger des comptes à son élu. Winston Churchill, qui est loin d’être un enfant de cœur en termes de politique et de politicards, avait un jour écrit ceci, valable pour tous les temps et à toutes les époques : « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des violeurs et des traîtres n’est pas victime. Il est complice ». C’est évident quand on participe au crime, on ne vient pas crier à l’injustice. Mais les jérémiades, les plaintes, les cris d’orfraie, la volonté de se faire passer pour des victimes, c’est aussi l’apanage des populations.

Mais, il y a un bémol : face à des citoyens analphabètes, qui ne savent ni lire, ni écrire, qui prennent les députés pour des « divinités » et leur embrassent les mains dans des génuflexions dégradantes, comment peut-on attendre le début d’un changement dans toutes ces pratiques frauduleuses ? C’est tout simplement impossible. Sans oublier que nous sommes là face à des analphabètes qui vendent leurs voix à d’autres analphabètes. Ce qui est une véritable catastrophe. Faites un tour entre les rangs des députés, vous allez être choqué par le degré d’inculture des uns et des autres, qui ne savent parler ni l’arabe, ni aucune autre langue, même la darija, ils n’y arrivent pas, sans parler de leur ignorance de tous les dossiers dont ils devraient discuter avec leurs pairs pour le bien de ceux qui ont voté pour eux.

Et les choses vont encore très loin quand on comprend que c’est ainsi que les choses sont faites, qu’un changement radical est de l’ordre de l’impossible tant que le citoyen n’a pas les outils nécessaires pour comprendre quel est son rôle, ce qu’il doit ou ne doit pas faire, à quoi sert un vote et qu’une voix ne se vend pas, parce qu’elle vaut honneur. C’est pour cette raison liée à l’ignorance de part et d’autre, que l’on assiste au populisme le plus basique, dans ce qu’il a de plus rebutant, de plus méprisable, de plus insultant pour l’intelligence du Marocain lambda, qui regarde ce spectacle de bas étage comme une mauvaise pièce de théâtre, avec des costumes désuets, des danses simiesques, des paroles vides de tout sens et surtout, un usage irréfléchi des réseaux sociaux, appui sur des soi-disant « influenceurs », à grand renfort de Chat GPT, une terrible braderie de vulgarité tous azimuts. Commerce des voix, ignorance assumée et affichée, populisme de mauvais aloi, valse des sièges, migrations partisanes, règlements de compte, délation, mots vulgaires dans la bouche de certains ministres, expressions toutes faites dignes des bars bas de gamme, si c’est cela la politique et les élections, il faut bien se résoudre à cette vérité absolue : « Lorsque ne vont aux urnes que les deux tiers à peine, et peut-être même pas la majorité de tous les inscrits, c’est en somme un vote contre le système électoral tout entier », comme l’avait dit un jour l’auteur de « La généalogie de la morale ».