LES PORTRAITS HYBRIDES DE SALAHEDDINE BOUANANI

Une remarquable exposition vient d’ouvrir au JAAL Riad Rewsort, Boulevard Mohammed VI à Marrakech où elle sera ouverte jusqu’au 15 mars prochain.
Il s’agit d’une présentation de « Portraits hybrides » réalisés par l’artiste Salaheddine Bouanani qui vit et travaille dans la petite commune de Sidi El Yamani à proximité d’Assilah. L’homme, qui expose depuis 2015, est maintenant très connu dans le nord du Maroc et il est important qu’il le soit également dans le sud, d’où cette exposition. Son sujet désormais unique est le visage humain. Mais un visage traité de manière toujours différente d’une série à l’autre. L’artiste a réalisé une vingtaine de séries, Prière de l’absent, Imaginary Friends Series, Portraits de l’âme, Art is Faceless, l’Ombre de l’homme, Les ruines circulaires (titre par ailleurs d’une nouvelle très énigmatique de Jorge-Luis Borges), etc. Chaque fois, des visages, y compris des parties du propre visage de l’artiste, y sont déconstruits et présentés selon des choix différents visant à exprimer ce que des Marocains touchés par une maladie peuvent ressentir ainsi que les émotions qu’ils peuvent transmettre à des professionnels du soin. Il faut savoir que l’artiste est également pharmacien en milieu rural dans un village qui est aussi le souk hebdomadaire de sa région. On est donc en présence d’un projet tout à fait original centré initialement sur des corps souffrants perçus non du point de vue médical, mais par l’expression même de leur détresse.
Après le Covid, ce professionnel de santé va étendre son champ de travail aux perceptions de ce même corps dans le regard médical. Et c’est ainsi qu’en 2023 lors de la publication du Serment du dernier messager de la cardiologue, Souad Jamaï, il proposera la série Rêveries transhumanistes. On y voit des corps humains reliés par de la résine époxy et de la peinture acrylique ou vinylique à des circuits électroniques externes qui peuvent même effacer tout signe d’humanité. À Marrakech, le calligraphe Larbi Cherkaoui avait eu une idée semblable en remplaçant la lettre arabe par des circuits d’ordinateur dans sa propre rêverie transcalligraphique. Actuellement, l’idée essentielle de Salaheddine Bouanani est que la pensée pouvait ne plus résulter seulement d’une activité de l’individu ou des relations entretenues avec un réseau social, mais aussi d’une présence en lui de propositions émanant de machines, ce qu’il a appelé le « téléchargement de l’esprit ». Réapparaissait ainsi le thème cartésien de l’homme-machine à cette différence près que ce n’est plus le corps qui a les propriétés de la machine, mais des machines extérieures qui, par des réseaux de télécommunication, occupent désormais le corps humain.


