VIVRE L’INCLUSION PAR L’EXPÉRIENCE ARTISTIQUE À L’UNIVERSITÉ

Docteure en sciences de l’éducation, spécialiste de l’éducation artistique et culturelle et des compétences psychosociales, Pr. Meriem Khalil est enseignante-chercheuse à la Faculté des Sciences de l’Éducation de Rabat et chroniqueuse culturelle.

À travers son travail, elle explore la manière dont les pratiques artistiques peuvent devenir de véritables expériences d’inclusion, favorisant le lien, l’écoute et la reconnaissance au sein des espaces universitaires.

Vous êtes enseignante-chercheuse en sciences de l’éducation et chroniqueuse culturelle. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui structure aujourd’hui votre engagement autour de l’éducation artistique et culturelle ?

Mon parcours s’est construit à la croisée de la pratique artistique, de l’enseignement et de la recherche.

J’ai suivi une formation en art dramatique français au Conservatoire de Musique et de danse de Casablanca pendant sept années et j’ai exercé pendant de nombreuses années comme professeure de théâtre avant d’intégrer l’université. Cette expérience de terrain a profondément façonné ma manière de penser l’éducation et la relation pédagogique.

Mon doctorat en sciences de l’éducation a porté sur le jeu dramatique et le développement des compétences psychosociales. Il m’a permis d’analyser scientifiquement ce que j’avais observé dans la pratique : la capacité des arts à favoriser l’expression de soi, la communication, la confiance et le rapport à l’autre.

Parallèlement, j’interviens comme chroniqueuse culturelle au niveau des médias, dans une logique de médiation entre création artistique, réflexion éducative et société.

Vous travaillez depuis plusieurs années sur la notion d’inclusion culturelle. Comment la définissez-vous ?

L’inclusion culturelle renvoie à un processus par lequel les individus peuvent se reconnaître et être reconnus dans leurs références culturelles, leurs trajectoires, leurs sensibilités et leurs modes d’expression. Elle ne se limite pas à une logique d’accès ou de présence dans les institutions, mais engage une expérience vécue de reconnaissance et de participation.

Être inclus, c’est pouvoir prendre place, prendre parole et se sentir légitime au sein du collectif.

Dans cette perspective, l’inclusion culturelle relève moins de dispositifs formels que de relations symboliques et humaines. Les pratiques artistiques jouent ici un rôle central : elles ouvrent des espaces d’expression, de dialogue et de partage, où les différences peuvent s’exprimer, se rencontrer et devenir sources de lien plutôt que de séparation.

Pourquoi l’éducation artistique et culturelle vous semble-t-elle aujourd’hui essentielle dans les parcours éducatifs ?

L’éducation artistique et culturelle permet de développer des compétences humaines fondamentales telles que l’écoute, l’empathie, la communication et la coopération.

Dans des contextes marqués par la diversité et les transformations sociales, l’art offre un espace où les différences peuvent s’exprimer sans s’opposer, dans une logique de dialogue et de compréhension mutuelle.

Loin d’être un simple complément, l’éducation artistique constitue une expérience éducative à part entière, essentielle à la formation citoyenne.

Dans le cadre du colloque « Éducation artistique et culturelle et inclusion », tenu à la Faculté des Sciences de l’Éducation, vous avez proposé une réflexion à partir de votre travail. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Lors de ce colloque, j’ai présenté une communication intitulée « Récit de vie et création artistique », fondée sur une expérience menée en milieu universitaire avec mes étudiants de la Faculté des Sciences de l’Éducation.

Ce cadre était particulièrement porteur, d’autant plus que j’ai la chance d’appartenir à une faculté qui m’est chère, où la dynamique culturelle et artistique est à la fois vivante et stimulante.

Cette dynamique est portée avec engagement et vision, notamment à travers le pilotage du Doyen, Monsieur Abdellatif Kidai, qui accorde une place réelle aux questions de culture et de création au sein de la faculté.

L’expérience présentée visait à montrer comment l’art peut devenir un espace de médiation favorisant l’expression de soi, l’écoute mutuelle et le sentiment d’appartenance au groupe.

Elle a également montré que même des thématiques sensibles peuvent être abordées avec justesse à travers la création artistique. Dans cette expérience, une œuvre musicale a été conçue autour du quotidien familial d’un jeune porteur de trisomie 21, donnant à entendre, avec empathie et humanité, une réalité souvent peu visible.

Quels effets concrets avez-vous observés chez les étudiants à travers ces pratiques artistiques ?

Les pratiques artistiques permettent de déplacer les rapports habituels à la parole et au savoir. Elles donnent une place à des formes d’expression souvent peu valorisées dans les cadres académiques classiques.

Les étudiants développent une plus grande aisance dans la communication orale, une meilleure confiance en eux et une capacité accrue à travailler en groupe.

J’ai également observé une évolution notable dans le regard porté sur l’autre, avec davantage d’écoute, de respect des différences et de sensibilité aux parcours individuels.

Pourquoi l’articulation entre recherche, pédagogie et création est-elle centrale dans votre travail ?

Penser l’inclusion uniquement à partir de cadres théoriques est insuffisant. L’inclusion se vit et s’expérimente.

La création artistique permet précisément de relier réflexion et expérience, tout en constituant un terrain d’observation privilégié pour la recherche.

Cette articulation permet de concevoir des dispositifs éducatifs ancrés dans le réel et porteurs d’un impact concret sur les apprenants.

Quels sont, selon vous, les enjeux pour développer l’éducation artistique et l’inclusion culturelle au Maroc ?

Reconnaître pleinement l’éducation artistique et culturelle comme un pilier structurant des parcours de formation constitue aujourd’hui un impératif.

Cela implique de renforcer durablement les articulations entre l’université, les institutions culturelles, les artistes et la société civile, dans une logique de cohérence et de complémentarité des actions éducatives.

Le Maroc dispose d’un patrimoine et d’une vitalité culturels remarquables. La question n’est plus celle du potentiel, mais celle de sa traduction effective en orientations éducatives et culturelles assumées, capables de valoriser la pluralité des identités et de contribuer, de manière pérenne, à la cohésion sociale.