INTERVIEW DE OLIVER KLEIN BOSQUET – UNIVERSITAIRE ET HOMME POLITIQUE ESPAGNOL D’ORIGINE CATALANE

Adoption de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour les Sahara marocain, la vision de Sa Majesté le Roi pour le Sahara Atlantique, la réunion de haut niveau entre Rabat et Madrid, l’avenir du développement du Sahara marocain, ce sont là autant de questions que nous avons posées à Oliver Klein Bosquet, expert et analyste de haut niveau pour apporter des éclairages nouveaux. Entretien.
Maroc Newspaper: Après l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution sur l’autonomie sous souveraineté marocaine comme solution unique et réaliste au Sahara marocain, quelle est, à votre opinion, l’importance et les dimensions de cette décision historique qui consacre la légitimité marocaine, sur les plans politique, diplomatique, économique, sécuritaire et social ?
Oliver Klein Bosquet: L’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de la résolution sur l’autonomie du Sahara occidental témoigne du succès de la stratégie diplomatique mise en œuvre au fil des années, qui a finalement triomphé des menaces constantes de reprise du conflit armé. Le changement de cap décisif observé ces derniers mois s’explique principalement par deux facteurs essentiels qui ont toujours été favorables à la position marocaine : le temps qui passe et l’évolution de la situation internationale.
-Quel bilan peut-on dresser du développement des provinces du Sud sous la direction de Sa Majesté le Roi Mohammed VI ?
L’engagement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI a été déterminant dans ce résultat, exerçant une influence décisive auprès des États-Unis, de la France et de l’Espagne, ces deux dernières étant les plus influentes au sein de l’Union européenne. La diplomatie marocaine a cultivé un réseau d’alliances qui n’a cessé de se renforcer au fil des ans, tandis que les politiques publiques favorisant le développement et le progrès du pays ont servi de modèle et de vitrine pour la communauté internationale. Aujourd’hui, le Maroc jouit d’un prestige considérable au sein de la Société des Nations, ce qui s’est avéré primordial.
-Comment évaluez-vous l’impact du soutien de l’administration américaine et de l’Union européenne à la souveraineté marocaine sur le Sahara pour les opportunités d’investissement et de développement économique dans la région ?
Comme pour d’autres dossiers internationaux sensibles, l’administration américaine, sous le gouvernement de Donald Trump, a finalement décidé d’intervenir, non seulement en clarifiant sa position, mais aussi en investissant des ressources et son influence pour persuader les autres pays concernés. Autrement dit, l’impulsion donnée par Trump a bouleversé le paysage politique, jouant nettement en faveur du Maroc. De toute évidence, cette faveur n’est pas accordée sans contrepartie, et le président américain sait qu’il a beaucoup à gagner d’un allié stable au Maghreb, point de repère essentiel pour toute l’Afrique de l’Ouest et porte d’entrée vers l’Europe.
-Quelle est la portée de l’Initiative royale Atlantique pour créer des opportunités d’investissement et de coopération commerciale et économique durable dans les provinces du Sud et les pays du Sahel ?
Sa Majesté le Roi et la diplomatie marocaine sont pleinement conscients que le Maroc est devenu une puissance régionale en Afrique du Nord et de l’Ouest grâce à sa politique, sa diplomatie, ses entreprises, ses infrastructures et sa pratique d’un islam modéré, ce qui en fait un modèle respecté par les autres pays arabes. Cette situation, conjuguée à ses relations étroites avec ses partenaires européens et nord-américains, facilite le rôle du Maroc comme intermédiaire dans de nombreuses transactions et échanges bilatéraux.
-Quels sont les enjeux stratégiques de la coopération militaire et sécuritaire entre le Maroc, l’Espagne et l’Union européenne pour renforcer la sécurité des pays africains et promouvoir la paix dans la région ?
Le Maroc, l’Espagne et, par extension, l’Union européenne, sont tenus de coopérer en matière de sécurité militaire et de sécurité commune, car ils partagent les mêmes intérêts, notamment celui de défendre la stabilité et la paix dans la région, de mener des activités commerciales et de favoriser un développement économique partagé. De toute évidence, la notion de stabilité et de sécurité englobe des analyses et des actions permettant de maîtriser les flux migratoires massifs et de lutter contre la montée du terrorisme et du radicalisme idéologique au Sahel, région située à proximité de la Méditerranée.
-Quel est le rôle du Maroc dans la promotion de la sécurité, de la stabilité et de la paix dans la région, et comment la Commanderie des Croyants contribue-t-il à renforcer la sécurité spirituelle et la coexistence pacifique entre les nations ?
La promotion de la sécurité dans toute la région et le rôle de Sa Majesté Mohammed VI en tant que Prince des Croyants sont indissociables. Le monarque guide le pays vers la conviction qu’un État qui développe sa propre démocratie tout en pratiquant une religion tolérante et ouverte sera le plus efficace dans un monde confronté à un multilatéralisme désorganisé, où les acteurs qui paraissent sûrs, stables et émergents acquièrent un prestige constant auprès de leurs partenaires actuels et potentiels.
-Quelles sont les perspectives de coopération entre le Maroc et l’Espagne, ainsi qu’entre le Maroc et l’Union européenne, en termes d’investissements, de commerce, de sécurité, de politique et de développement économique et social, et quels seraient les impacts mutuels de ces relations ?
L’Espagne doit jouer un rôle moteur dans la coopération entre le Maroc et l’Union européenne, et réciproquement. Dans un monde plus compétitif et ouvert que jamais, les partenaires occidentaux de longue date doivent comprendre que le Maroc, à l’instar d’autres pays, négocie et tire profit des excellentes relations qu’il a tissées non seulement avec les États-Unis, mais aussi avec l’Arabie saoudite, les pays du Golfe, la Chine, l’Inde et la Turquie, pour n’en citer que quelques-uns. L’objectif devrait être de maintenir ces relations comme des partenariats prioritaires et de bien comprendre les dynamiques internes de chacun.
-Dans le cadre du dialogue de haut niveau entre le gouvernement marocain et le gouvernement espagnol, comment les deux gouvernements envisagent-ils de traduire les résultats de cette rencontre en actions concrètes dans les domaines de la coopération économique, des investissements durables et des questions commerciales, du renforcement de la sécurité maritime et de la souveraineté nationale, du soutien à l’initiative d’autonomie au Sahara sous souveraineté marocaine ?
Il est clair que le gouvernement de Pedro Sánchez a inauguré une nouvelle ère dans les relations de haut niveau entre l’Espagne et le Maroc. L’engagement ferme de soutenir le projet marocain d’autonomie du Sahara doit être interprété de manière pragmatique dans le cadre des relations internationales, mais aussi comme un enjeu d’intérêt économique et commercial majeur pour l’Espagne envers son voisin du Sud. Au-delà des intérêts antérieurs liés à la gestion des flux migratoires et à la négociation des excédents de pêche, pour ne citer que deux exemples, les deux corps diplomatiques privilégient désormais le développement d’une coopération directe plus ambitieuse, allant de l’organisation d’une Coupe du Monde à l’établissement de partenariats stables et permanents au sein des instances multilatérales. Les deux pays sont conscients que ce changement d’approche devrait être mutuellement avantageux, tant aujourd’hui que dans un avenir proche.
-Comment la Catalogne pourrait-elle contribuer à soutenir la reconnaissance internationale de la République de Kabylie en tant que nation ayant une histoire, une langue et une religion distinctes de l’Algérie ?
En Catalogne, les processus d’autonomie, voire d’indépendance, dans différentes régions du monde appartenant à d’autres États modernes déjà établis sont bien connus. À ce stade historique, une avancée dans la reconnaissance, par exemple, des droits de la population kabyle en Algérie n’est pas envisageable. L’État espagnol lui-même, par sa diplomatie, défend généralement la reconnaissance et le maintien des frontières établies ces dernières décennies, sans promouvoir aucune modification. Dans la plupart des cas, la reconnaissance de la diversité nationale et culturelle d’un territoire n’implique pas automatiquement la reconnaissance de sa viabilité politique en tant que pays distinct ou indépendant.
-Selon vous, quels sont les facteurs internes qui ont poussé le Parti populaire espagnol à adopter des positions similaires à celles du parti Vox, plus radicales envers le Maroc ? Ces positions reflètent-elles un changement dans les priorités politiques ou une réponse à certaines pressions ? Comment les milieux de droite espagnols interprètent-ils les relations avec le Maroc, et l’hostilité ou la crainte envers le Maroc est-elle attribuable à des dossiers en suspens comme la question du Sahara marocain, ou à des inquiétudes liées à l’influence croissante du Maroc dans la région maghrébine et africaine ?
Le Parti populaire (PP) distingue en son sein différentes factions et courants de pensée, même si, pour gouverner, son approche se doit d’être aussi centriste et modérée que possible. L’émergence de nouvelles formations politiques, telles que Vox, revendiquant un électorat plus à droite que le PP lui-même, crée de nouvelles tensions au sein du parti majoritaire, qu’il est alors contraint d’exprimer. C’est dans ces cas que refont surface les discours les plus agressifs, notamment les griefs contre le Maroc, une vision stigmatisée de l’immigration, l’intransigeance religieuse, les chocs culturels, etc. Il est essentiel de toujours distinguer les positions situationnelles ou spontanées de celles qui, en définitive, sont plus structurelles ou représentent un changement fondamental d’idéologie ou de paradigme.


