PALUDISME EN AFRIQUE – L’ALERTE PRESSANTE DE L’UA FACE À UN RISQUE DE RECRUDESCENCE

Réunis lors du 39e Sommet de l’UA à Addis-Abeba, les chefs d’État et de gouvernement ont lancé, le 18 février 2026, un appel pressant pour éviter un recul historique. Les projections sont alarmantes : en l’absence de mesures fortes, l’Afrique pourrait enregistrer à nouveau plus de 400 millions de cas de paludisme par an et dépasser le seuil d’un million de décès annuels.

Une crise de financement aux conséquences dramatiques

Au cœur des inquiétudes figure la baisse drastique des financements. Le rapport souligne qu’une réduction de 30 % des ressources dédiées à la lutte antipaludique provoquerait un choc sanitaire majeur. Elle se traduirait notamment par 640 millions de moustiquaires imprégnées en moins, 146 millions de cas supplémentaires et près de 397 000 décès additionnels d’ici 2030, dont une écrasante majorité d’enfants de moins de cinq ans.

Cette situation est aggravée par la chute de 70 % de l’aide publique au développement pour la santé en Afrique en seulement quatre ans, ainsi que par les difficultés de mobilisation du Fonds mondial, dont la dernière reconstitution est restée en deçà des 18 milliards de dollars attendus. Pour Duma Gideon Boko, président du Botswana et figure engagée au sein de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA), « la convergence sans précédent de défis » menace d’anéantir les avancées obtenues depuis 2000, qui ont permis d’éviter 1,64 milliard de cas et de sauver 12,4 millions de vies.

Des avancées freinées, un continent toujours en première ligne

Les données les plus récentes confirment l’ampleur du défi. En 2024, l’Afrique a concentré 96 % des cas mondiaux de paludisme, avec 270,8 millions de cas recensés et 97 % des décès, soit 594 119 morts. Depuis 2015, les progrès stagnent et seuls cinq pays ont atteint les objectifs du cadre catalytique 2025 visant une réduction de 75 % de l’incidence ou de la mortalité. Ces résultats en demi-teinte compromettent les ambitions du programme continental visant à éliminer le paludisme d’ici 2030, aux côtés du VIH/sida et de la tuberculose.

Une riposte à renforcer : mobilisation interne et solidarité internationale

Face à cette situation critique, les dirigeants africains ont réaffirmé leur volonté de renforcer la mobilisation des ressources domestiques, tout en explorant des mécanismes de financement innovants. Douze pays ont déjà mobilisé plus de 200 millions de dollars grâce à des partenariats public-privé, signe d’une prise de conscience progressive.

Mais cet effort ne suffira pas sans un engagement renouvelé des partenaires internationaux. Les États africains appellent notamment à la relance du programme de soutien à la lutte contre le paludisme de la Banque mondiale, qui avait permis de mobiliser plus d’un milliard de dollars entre 2005 et 2010 et d’obtenir des résultats significatifs.

Des solutions existent, mais nécessitent des moyens

Malgré les défis, les outils pour inverser la tendance sont disponibles. Selon Michael Adekunle Charles, directeur du RBM Partnership to End Malaria, un financement adéquat combiné au déploiement des innovations pourrait sauver plus de 13,2 millions de vies au cours des 15 prochaines années et générer plus de 140 milliards de dollars de retombées économiques.

Parmi les avancées notables, l’Organisation mondiale de la santé a validé de nouveaux vaccins antipaludiques destinés aux jeunes enfants, avec 28,3 millions de doses distribuées en 2025. L’introduction de répulsifs spatiaux préqualifiés et l’extension de la chimioprévention saisonnière dans 22 pays illustrent également les progrès technologiques en cours. En parallèle, l’harmonisation réglementaire portée par l’Agence africaine des médicaments vise à accélérer l’accès aux innovations thérapeutiques sur le continent.

Un impératif d’action immédiate

L’Afrique se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Les acquis de la lutte contre le paludisme restent fragiles et pourraient être remis en cause sans une réponse rapide, coordonnée et suffisamment financée. L’appel lancé par les dirigeants africains résonne comme un avertissement : sans un sursaut collectif, le continent risque de voir resurgir une crise sanitaire majeure, aux conséquences humaines et économiques considérables.