MUSELAGE ET CENSURE

C’est bien le titre que vous venez de lire. Ce n’est pas une illusion d’optique. Encore moins un message subliminal. Oui, le Marocain est de loin plus libre que l’Américain, que le Français, que le Britannique, que l’Allemand, que le Japonais, que le Chinois, que le Russe… Et je vous le prouve.
D’abord une clarification qui s’impose : il n’y a dans cette chronique aucun jugement de valeur sur le citoyen occidental comparé au Marocain. J’ai vécu aux USA. J’ai vécu en France. J’ai voyagé presque partout dans le monde. Je connais le peuple américain tout comme le peuple allemand que j’aime pour de nombreuses raisons. Ce sont des cultures qui m’ont nourri et qui m’ont appris tant de belles et grandes choses. Toute ma gratitude pour l’Amérique et pour ces Américains, également pour les Allemands qui m’ont ouvert les yeux sur tellement d’enseignements. C’est donc un constat s’appuyant sur des réalités concrètes qu’on va développer tout au long de ce texte.
Il est évident que nous assistons depuis quelques années à des manifestations à répétition et à des émeutes partout en Occident, avec la France qui bat tous les records surtout avec l’avènement de l’ère Emmanuel Macron, avec toutes les dérives politiques et sociales auxquelles on assiste depuis presque une décennie. La cause ? Des disparités sociales flagrantes, des inégalités à tous les étages, des riches de plus en plus riches et des pauvres installés dans leur précarité sans appel, des stigmates, du racisme poussé à l’horreur, de l’ostracisme, de la discrimination tous azimuts et des crimes en direct visant des citoyens qui ont la peau noire ou basanée. Des crimes visant des minorités, toujours considérées comme étrangères sur le sol où elles sont nées et où elles ont grandi. Ce sont des crimes odieux. Et les assassins, qui qu’ils soient, doivent être jugés et écroués pour longtemps. Mais, ce n’est pas toujours le cas. Et cela n’arrivera pas, parce que ce n’est pas là la première fois que la police américaine tue en toute impunité, tout comme ce n’est pas là la première fois que les policiers français torturent, tabassent et en arrivent à tirer des balles sur des citoyens, presque toujours arabes ou africains, comme par hasard. Ceci pour donner un contexte à cet écrit. Alors qu’en est-il de la fameuse liberté américaine ? Qu’en est-il du slogan aujourd’hui vide de tout sens : Liberté, égalité, fraternité ? Du vide. Préparez-vous pour la salve de preuves.
Aux USA et en France, à titre d’exemple, tout comme au Japon, en Chine, en Russie et même au Royaume-Uni, tu ne peux pas écrire ce que tu veux. De très nombreux livres, articles, reportages, des études, des documents, des mémoires sont interdits ou ont été censurés. On se souvient tous de la censure qui avait frappé Yukio Mishima et Yasunari Kawabata, sans parler de Nagisa Oshima ! Sans oublier que plus de 490 livres sont aujourd’hui interdits et censurés aux USA. Un peu partout dans le monde, des livres restent inaccessibles car jugés par certains comme indécents, diffamatoires, blasphématoires, violents. Le site de services pour auteurs auto-publiés Global English Editing en a recensé une cinquantaine à travers le monde en 2019. On y trouve encore George Orwell, Sherman Alexie, Manilo Argueta. Armando Lucas Correa, Isabel Allende, Vladimir Nabokov, Chimamanda Adichie, Boris Akounine, Bret Easton Ellis, Ted Dwane et tant d’autres noms, un peu partout dans le monde, mais surtout en Amérique où le puritanisme sévit encore avec force. Sans parler du cas célèbre du grand écrivain humaniste, Henry Miller et de sa Crucifixion en rose, restée interdite durant plus de 25 ans.
Ceci en ajoutant qu’aujourd’hui, tous les grands groupes de médias sont détenus par cinq ou six personnes qui édictent, qui sabrent, qui scalpent, qui définissent ce qui doit être dit ou non, ce qui doit être montré ou non, ceux que l’on doit ériger en symboles et ceux que l’on doit massacrer en direct sans, évidemment, leur donner la voix au chapitre. Vérifiez sur Internet et dans les registres qui détient aujourd’hui tous les médias en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Japon, en Chine, en Russie et ailleurs, et vous allez voir comme elle est belle la liberté d’expression à l’occidentale !
Au Maroc, jusqu’à preuve du contraire, on peut écrire avec plus de liberté et traiter tous les sujets, même les plus sensibles. Certains auteurs marocains sont très irrévérencieux. D’autres écrivains et journalistes dénoncent les dérives d’une époque noire dans l’Histoire du Maroc. D’autres montent au créneau et disent tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. S’ils ne donnent pas dans l’autocensure, très rares sont les cas d’une censure de la part du pouvoir en place. Celle-ci existe, sans nul doute, mais à moindre degré que dans cet Occident qui se targue de liberté alors qu’il musèle à la source dans un jeu des pouvoirs très huilé et bien déguisé. En France, de nombreux auteurs et journalistes ont vu leurs carrières détruites parce qu’ils ont refusé d’entrer dans les rangs et montrer patte blanche. D’autres ont tout bonnement été lynchés par médias interposés. En Amérique, de grands écrivains ont vu leurs œuvres interdites. De grands cinéastes n’ont pas pu tourner leurs films. De grands acteurs ont été mis au chômage forcé pour leurs prises de position. Sean Penn en est le parfait exemple, après son voyage en Irak pour voir de près comment Washington, le Pentagone et les médias ont tout mis en place pour envahir un pays comme l’Irak sous prétexte qu’il possédait des armes de destruction massif, alors qu’il ne possédait même pas un char digne de ce nom. C’est le cas d’Oliver Stone quand il a visité Ramallah et Yasser Arafat, retranché dans sa «Mouqataa». Des scientifiques ont disparu dans d’étranges circonstances. D’autres ont vu leurs travaux, leurs notes et leurs archives confisqués par le FBI, comme c’est le cas du génie Nikola Tesla, juste après son décès. Nous n’allons pas vous citer ici tous les noms, mais faites une recherche profonde, vous allez tomber des nues. Le nombre est tout juste effarant.
Aux USA, on ne peut pas filmer comme on veut. Au Maroc, si. Évidemment, nous ne parlons pas de scènes érotiques voire pornographiques. Là n’est pas du tout le propos. L’industrie du porno est florissante en Occident. Elle est mise en avant. C’est un marché lourd de plusieurs milliards de dollars avec un commerce de la chair qui recrute même chez les mineurs. Nous parlons de véritables documentaires qui lèvent le voile sur des dérives gouvernementales, sur des sujets écologiques très graves, sur l’industrie pharmaceutique, sur l’industrie agroalimentaire, sur le complexe militaro-industriel, sur les sociétés de mercenaires qui sous-traitent les guerres, sur les scandales financiers, sur les délits d’initiés, sur les abysses du monde de la finance, sur Wall Street, sur l’armement et la vente des armes, sur les tueries dans les établissements scolaires, sur les viols, les sectes, les Serial Killers, sur les milieux carcéraux… La liste des sujets interdits est très longue qu’on peut l’allonger et clore cette chronique illico presto. Détrompez-vous les épisodes cocasses avec Michael Moore ne sont pas les seuls. Des milliers de militants font les frais chaque jour des limites de leur liberté.
Au Maroc, bien que la culture de l’image soit récente, on a presque tout filmé. On a traité presque tous les sujets qui fâchent, certes pas avec la même acuité ni la même maîtrise, mais les Marocains ont essayé de faire de leur mieux. Ils ont traité du sexe à la drogue en passant par les micmacs mafieux, par les magouilles dans le monde des affaires, par les crimes les plus odieux et les plus douteux, on parle de Kétama et du cannabis, on parle des drogues qui font des ravages au cœur de la société marocaine, on parle des réseaux de prostitution, on parle du trafic humain, du trafic d’organes, on parle des corrompus, pas tous, mais ceux qui s’y essaient y arrivent, tout de même… On parle presque de tout, et en liberté (sans diffamation basée sur du vide ni insultes et injures gratuites, ce qui n’est absolument pas du journalisme !». Évidemment qu’il reste beaucoup de pain sur la planche au Maroc comme dans toute cette Arabie heureuse et malheureuse à la fois, bien sûr qu’il y a encore l’autocensure qui fait des ravages, évidemment qu’il y a aussi une certaine forme de censure déguisée et larvée, mais comparé au pays de la liberté et de la démocratie, comparé à ces donneurs de leçons bien lotis et bien calés dans leur idée de la liberté à l’occidentale, nous sommes mieux lotis.


