LA POLITIQUE EST UNE COURSE D’ENDURANCE

À moins d’un an des législatives de 2026, Aziz Akhannouch, le chef du RNI, essuie des critiques de toutes parts. Les médias et les commentateurs de la politique marocaine demandent au nouveau chef du gouvernement des comptes ? Les réponses des membres du gouvernement montrent à quel point la classe politique marocaine et les observateurs de tous poils manquent de maturité et de recul alors que le bon sens veut que l’on juge sur pièces les réalisations ou les ratés de ce nouveau gouvernement. En toute objectivité.

1 million d’emplois. C’est la grande promesse surréaliste du gouvernement dirigé par le RNI, avec le PAM et l’Istiqlal. Quand on fait une annonce de cette taille, au début de son mandat à la tête du gouvernement marocain, un pays qui souffre du chômage, il faut au moins être responsable de ce que l’on avance et surtout être certain de pouvoir y arriver. Faire une telle annonce avec légèreté peut s’avérer fatal. Et c’est aujourd’hui le cas, avec les manifestations dans les rues du Royaume.  Aziz Akhannouch promet la création d’un million d’emplois d’ici 2026 avec le lancement d’un programme d’urgence pour la création de 250.000 emplois à travers les projets relevant de la commande publique. Cette mesure d’urgence devait répondre au fait que durant la pandémie du Covid-19, pas moins de 600.000 emplois ont été perdus. Une crise sanitaire qui a, selon le RNI, profondément impacté toutes les couches sociales, générant plus de chômage et consacrant la précarité de millions de familles marocaines. Pour nos autres observateurs de la question sociale et politique, c’était là un pari fort relevé par le gouvernement. Réussira-t-il à le traduire sur le terrain des réalités ? Il faut attendre au moins le mi-mandat pour se prononcer. À mi-mandat, c’est l’échec. À un an des prochaines législatives, les Marocains sont dans les rues à protester et à exiger le départ de ce gouvernement qui a failli. L’heure des comptes a sonné et le verdict a été sans appel : ce gouvernement doit démissionner. Motif ? Incompétence.

Pourtant, le gouvernement Akhannouch persiste et signe en avançant des arguments qui n’ont aucune incidence sur les réalités du terrain. Face à la grave crise sanitaire qui frappe le pays de plein fouet, le RNI a proposé la mise en place d’une carte d’identité médicale, baptisée « RIAYA ». Une carte qui permet aux Marocains, selon Aziz Akhannouch, d’accéder aux soins dans les établissements de santé. Toujours dans le cadre de la santé, le président du RNI a proposé de verser une allocation sociale de 300 DH, à partir de 2022, pour chaque enfant scolarisé dans la limite de trois enfants en plus d’une prime de naissance d’un montant de 2.000 DH en faveur des parents ainsi que la couverture des examens médicaux durant la période de la grossesse. Ce sont là des mesures importantes qui auraient pu aider à supporter de nombreux problèmes surtout au niveau des populations les plus défavorisées, livrées à elles-mêmes luttant sans moyens contre la précarité et la pauvreté. 300 dirhams, ce n’est pas la panacée, mais c’est un pas qu’il faut concrétiser sachant qu’une telle somme fait une grande différence au sein des familles pauvres. C’est dans ce sens, que ce nouveau gouvernement devait faire de la question sociale sa plus grande priorité, car il ne peut gagner la confiance des Marocains qu’en étant dans la proximité, au fait des priorités des citoyens, répondant avec efficacité aux attentes des uns et des autres, par des choses concrètes. C’est avec des aides ciblées et directes injectées dans le corps social que ce gouvernement aurait pu asseoir une certaine légitimité et engranger des points positifs pour l’après 2026. Autrement dit, Aziz Akhannouch devait installer sa vision sociale dans la durée, la politique étant une course d’endurance et non une course de vitesse. Mais vitesse et précipitation ont été confondues. Résultat ? Sortie de route fatale. Pour continuer dans le concret et les échecs de ce gouvernement aujourd’hui pointé du doigt de toutes parts, il faut citer parmi la batterie de mesures promises par le chef du gouvernement, il y a cette proposition du versement d’un revenu mensuel de 1.000 DH à l’horizon 2026 pour chaque Marocain âgé de plus 65 ans et ne bénéficiant pas de protection sociale. Une telle somme semble certes dérisoire au vu de la cherté de la vie au Maroc aujourd’hui, mais cela aurait pu être un pas en avant. Avec 500 dirhams de plus, on aurait pu garantir aux vieilles personnes une somme de 50 dirhams par jour pour survivre, mais force est de constater que ces aides ont été entachées de dysfonctionnements majeurs, avec un illogisme aberrant qui a plongé les gens dans le désespoir. Alors que cette mesure pouvait être un acquis présagent d’une volonté de ce gouvernement de s’occuper des plus pauvres, des personnes âgées en situation précaire, des laissés-pour-compte et des plus marginalisés. Mais toutes ces mesures qui pouvaient calmer un peu la grogne sociale étant donné la crise humaine que traverse le Maroc depuis quelques années, une crise accrue avec la pandémie et la perte de travail pour des millions de Marocains qui souffrent au quotidien, qui tirent la langue et qui disent être oubliés par leur pays et par ses instances, ont fini dans l’impasse.  C’est ce sentiment d’insécurité des populations qu’il fallait à tout prix changer, avec des actions citoyennes multiples qui mettent le Marocain au cœur des toutes les urgences nationales. Mais, c’est le contraire qui a eu lieu sur le terrain des réalités.