KAMAL LAHLOU – LA GRANDEUR D’UN HOMME DE DÉFIS

Comment peut-on prétendre vivre et n’avoir aucune histoire à raconter ? La question a été posée, il y a de cela quelques siècles par un grand monsieur, qui croyait réellement que la vie est notre meilleur viatique et que quand les jours nous donnaient leur suc le plus doux et le plus amer, elle fait de nous ce que nous devenons. Deviens qui tu es, celui que tu as toujours censé être, nous rappelle le philosophe, mais dans ce sens qu’il faut y travailler, qu’il faut aller au charbon, tenter l’impossible, passer des cols infranchissables, tomber et se relever, se faire trahir, recevoir des coups, mais répondre par le travail et le mérite, persévérer, avoir la peau dure de celui qui sait encaisser et qui en devient chaque jour plus coriace, plus fort, plus résistant, et au final, plus détaché. C’est exactement une partie du long et riche parcours d’un homme tel que Kamal Lahlou dont on peut énumérer les réussites, les défis, les challenges, les résistances et l’immense sens de la résilience couplée à celui de voir les choses avant les autres, celui du précurseur, celui qui sait lire la carte du monde où il vit et en élargir les contours. Pour répondre à notre question qui a ouvert ce texte, on peut dire aisément, que Kamal Lahlou a eu plusieurs vies pour pouvoir raconter plusieurs histoires, donner corps à une saga qu’il a construite pierre par pierre, à l’huile de coude, dans l’adversité, sans jamais se laisser entamer ni par les jalousies mesquines, ni par les fausses rivalités, ni par les masques qui finissent, d’ailleurs, toujours, par tomber. Un jour Kamal Lahlou, que je connais depuis plus de trente belles années, qui m’a enseigné, qui m’a transmis sa passion pour le métier de journaliste et les valeurs du patriotisme sincère, un jour, après une réunion de rédaction, il me prend en aparté et me dit ceci comme un grand frère parle à son jeune frère qui commence sur le chemin de la vie : « Au cours de ce voyage qu’est la vie, on rencontre de nombreux masques et de rares visages ». Les masques qui se ravalent la face sont nombreux et jalonnent les nombreux sillons de la vie de Kamal Lahlou, mais son vrai visage à lui porte les empreintes d’une vie pleine, d’une trajectoire de guerrier, le palimpseste fourni d’un amoureux de la vie, malgré la petitesse des gens. Un autre jour, j’ai risqué une sortie sur la chance et son impact dans nos vies, Kamal Lahlou nous dit ceci : « La chance ? C’est juste la préparation qui rencontre l’opportunité. Il faut se préparer, tous les jours, comme un sportif de très haut niveau, car derrière la première place sur un podium, il y a la partie invisible de l’iceberg, et celle-ci est faite de sacrifice, de douleur muette et de détermination à toute épreuve ». Pour ceux qui ont eu la chance de côtoyer Kamal Lahlou, de travailler dans ses sillages, d’apprendre de lui, ils ont appris de belles leçons de vie. Ceux qui n’y voyaient que le directeur de presse, que le patron, que celui qui exige le travail bien fait et sérieux, ceux-ci ont raté la rencontre véritable avec un homme rare de ceux qu’on n’en fait plus. Il a traversé les époques, plus de 60 ans de carrière, journaliste de la première heure, homme de culture, très curieux, futé, affûté, l’esprit aiguisé, intarissable d’histoires sur son pays, sur le monde, ayant rencontré quelques-unes des plus grandes figures du monde, et dans des domaines très diversifiés allant du sport à la diplomatie et la politique, en passant par le cinéma, la littérature, la musique, la finance, l’économie, l’olympisme dont il incarne les nobles valeurs humaines. Avec un parcours comme celui de Kamal Lahlou, il fait partie de ces grands hommes qui n’ont pas besoin de déplacer le miroir plutôt que d’y croiser leur regard. Le regard qu’il voit chaque matin est d’un homme qui s’est construit tout seul, qui a su se battre, qui a travaillé avec acharnement, qui n’a jamais été de ces vaincus de la vie qui jettent l’éponge à la première estocade. Loin s’en faut : cet homme porte en lui l’airain de ceux qui traverse les tempêtes quelles que puissent être leur intensité avec la même philosophie : tout finit par passer et celui qui se tient debout ne pliera jamais. Avec cette attitude, Kamal Lahlou fait partie de ces grands hommes qui savent que beaucoup d’hommes sont toujours contre la raison quand la raison est contre eux. Alors, il mène sa vie avec logique, avec une vision claire, en y apportant des ajustements, en évoluant comme le temps qui avance et nous impose souvent ses inextricables mutations. Mais la boussole de l’homme qui capitalise sur 60 ans de métier et de sacrifice tient toujours le Nord. Elle indique toujours le chemin à suivre, avec ses tournants, ses carrefours, ses impasses, et ses sentiers de traverse.
Oui, il faut connaître cet homme pour pouvoir parler d’une infime partie de ce qu’il a accompli une vie durant. Il faut lui avoir parlé, l’avoir écouté, l’avoir vu travailler, réfléchir, créer, échafauder des plans pour le futur pour saisir toute l’étendue d’une telle intelligence. Kamala Lahlou peut faire sienne cette magnifique vérité écrite par Émile Zola : « Nous sommes comme des livres. La plupart des gens ne voient que notre couverture, la minorité ne lit que l’introduction, beaucoup de gens croient les critiques. Peu connaîtront le contenu. » C’est si vrai que face à un tel monsieur, on réalise qu’il ne faut d’aucune manière écouter ce que disent les gens, mais qu’il faut regarder juste ce qu’ils font. Car, le comportement ne ment jamais. Et j’en suis témoin, et je suis certain que Kamal Lahlou ne voudrait pas que j’évoque cet aspect de sa personnalité, mais par probité intellectuelle, je me le permets : cet homme a aidé des milliers de gens. Il les a aidés à vivre, il a aidé leurs familles, il s’est occupé d’eau quand ils étaient dans le besoin, il les a soignés, il les a accompagnés avec dignité et dans le respect, sans jamais s’en vanter. C’est là l’une des valeurs suprêmes des grands hommes. Cet homme est un facilitateur de la vie. Il trouve une solution à chaque problème et a horreur des gens qui trouvent des problèmes à chaque solution. Pour Kamal Lahlou, chaque personne agit selon son niveau de compréhension, de maturité et d’empathie. Les problèmes que les autres peuvent avoir avec vous ne le sont pas. Elles le sont avec leur propre manière de raisonner. De très nombreuses personnes ne peuvent jamais vous apprécier encore moins être dans vos sillages, pour la simple raison que votre esprit bouscule leurs démons. Ceci Kamal Lahlou le sait et l’a vécu, à de nombreuses reprises, sans y prêter attention. Il m’avait d’ailleurs à ce propos dit un jour : n’oublie jamais, Abdelhak, que la méchanceté est l’imitation de la puissance chez les faibles. Tout comme les relations humaines ne meurent pas toujours d’un conflit. Elles meurent souvent d’un déséquilibre de croissance.
Aujourd’hui, trente ans après, je pèse la valeur de ses échanges avec un homme de valeurs, qui a côtoyé les grands de ce monde, avec la même sincérité, avec humilité, avec la même constance, être soi-même.


