RAMADAN ET MALADIES CHRONIQUES – ENTRE FOI, PRESSION SOCIALE ET RISQUES POUR LA SANTÉ

Le mois de Ramadan est associé, dans plusieurs pays musulmans (dont le Maroc), à une augmentation des décompensations de maladies chroniques chez certains patients fragiles, notamment les personnes âgées, diabétiques ou hypertendues qui jeûnent malgré les contre-indications médicales. Voici une analyse médicale, épidémiologique et comportementale, avec données et références scientifiques.

Chaque année, le Ramadan met en lumière une réalité médicale souvent sous-estimée : l’augmentation des décompensations de maladies chroniques chez des patients qui continuent de jeûner malgré des contre-indications médicales. Dans les services d’urgence, les médecins observent une hausse des complications chez les personnes âgées, les diabétiques et les patients hypertendus. Hypoglycémies sévères, hyperglycémies, acidocétoses diabétiques, déshydratations, déséquilibres tensionnels, accidents vasculaires cérébraux ou aggravations d’insuffisance cardiaque figurent parmi les situations les plus fréquemment rencontrées.

Chez les diabétiques en particulier, plusieurs études montrent qu’une part importante des hospitalisations pendant le Ramadan est liée à des décompensations aiguës, souvent associées à l’arrêt ou à la mauvaise observance du traitement, à la modification des doses d’insuline ou encore aux changements brutaux des habitudes alimentaires. Les repas riches en sucres et en graisses consommés à la rupture du jeûne contribuent également au déséquilibre métabolique.

Au Maroc, le ministère de la Santé estime qu’environ deux millions de personnes vivent avec un diabète, dont près de la moitié l’ignorent. Cette situation augmente le risque de complications pendant le Ramadan, d’autant plus que de nombreux patients jeûnent sans avis médical ou sans adaptation de leur traitement. Chez les personnes âgées, la déshydratation et l’insuffisance rénale aiguë sont également des causes fréquentes d’hospitalisation durant cette période.

Pourtant, tant les recommandations médicales que les principes religieux autorisent clairement les personnes malades à ne pas jeûner. Mais dans la pratique, les facteurs culturels, sociaux et psychologiques jouent un rôle déterminant. Le sentiment de devoir religieux, la pression familiale ou communautaire, ainsi que la tendance à sous-estimer les risques pour la santé poussent certains patients à poursuivre le jeûne malgré les dangers.

Cette réalité souligne l’importance d’une véritable stratégie de prévention. La consultation médicale avant le Ramadan, l’éducation thérapeutique et l’adaptation des traitements constituent des mesures essentielles pour limiter les décompensations, réduire les hospitalisations et prévenir des complications parfois graves. Entre pratique religieuse et impératif de santé, l’enjeu reste de rappeler que la protection de la vie et de la santé demeure une priorité fondamentale.