SITUATION DE LA FEMME AU MAROC – DE MIEUX EN MIEUX, QUOI QU’ON EN DISE

Nous avons beau dire que la femme est censée être fêtée et célébrée tous les jours, tradition oblige, chaque 8 mars, nous y voilà pour faire des bilans, juger de la situation de la femme au sein de la société marocaine, questionner les traditions, scruter les zones d’ombre, vérifier les données et les chiffres et essayer, tant bien que mal, de faire un état des lieux, sinon exhaustif, du moins réaliste et rigoureux. Dans cette approche, il y a deux manières de faire : la première, celle à laquelle on a droit chaque année, est de voir la moitié vide du verre. La deuxième, qui nous semble plus constructive, est de voir la moitié pleine de ce même verre. Dans ce sens, les acquis sont nombreux. Les avancées sont certaines. Prenons les 26 dernières années, sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les choses ont évolué d’une manière notoire, à telle enseigne qu’il y a un avant et après, l’intronisation du Souverain. La situation de la femme marocaine a beaucoup évolué, et dans de nombreux secteurs, à des égards différents, mais avec une constante indéniable : la volonté royale de donner à la femme marocaine la place qui lui revient de droit au cœur de la société marocaine. Il y a 22 ans, il y a eu la Moudawana, avec tout ce qui s’est ensuivi après : des débats, des accrochages, des interrogations, mais des acquis et des réalisations indéniables pour les femmes marocaines. Ensuite, il y a la réforme du code de la famille, avec tout ce qu’il a apporté de bénéfique et de pérenne à la femme marocaine : sa protection, ses droits conjugaux, la protection de ses enfants et la sauvegarde de sa dignité de femme devant la loi.  Toutes ces réformes de fond ont apporté des garantis à toutes les femmes marocaines tant sur le plan personnel que devant la justice, devant la société et ses complexités. Partant de ces postulats de base, la femme marocaine, en 2026, n’est d’aucune façon la femme de 2000. Le gap est énorme. Les changements, les mutations, les évolutions sont là, chiffres à l’appui, et il faut le dire et le souligner, car le Maroc, dans ce chapitre, a réalisé de belles choses, et ce n’est pas fini. C’est un long chemin, il reste du pain sur la planche, comme dans toutes les sociétés du monde, occidentales ou orientales, mais les voies du changement sont ouvertes.

Ceci d’un côté. D’un autre côté, chaque 8 mars, en effet, nous avons droit aux mêmes effets de manche, à la même littérature de la culpabilisation et de la victimisation, aux mêmes rengaines sur le sort réservé aux femmes, dans ce cher Maroc, qui avance à plusieurs vitesses, avec des pannes, des crevaisons et des coulages de moteur. Nous avons également droit aux mêmes slogans éculés, qui n’ont plus aucune teneur et, surtout, aucun droit de cité dans un pays où les femmes marocaines, dans leurs grandes différences arrachent, chaque jour, des droits, à la fois dans la douleur et dans le défi d’une pensée archaïque et stigmatisante, qui a fait son temps, mais qui a la peau dure, malgré tous les efforts consentis pour l’égalité des chances, dans tous les domaines de la vie. Chaque année, nous faisons le solde de tout compte et on se gargarise de bilans futiles qui ne reflètent pas toutes les réalités vécues et endurées par les femmes au Maroc. Arrêtons-nous d’abord sur cette date du 8 mars. Je pense que l’on doit célébrer la longue marche des femmes 365 jours durant. Parce que les femmes, dans leurs grandes et profondes différences, relèvent de grands défis, tous les jours et à tous les instants. Elles n’attendent pas le 8 mars pour se mettre au travail. Elles n’attendent pas ce jour anniversaire pour gagner leur vie. Elles ne sont pas là, les bras croisés, à méditer sur le sens de cette journée mondiale pour se battre pour leur dignité et leur intégrité. Non, ceci est un combat de tous les jours. C’est une lutte acharnée où il faut aller au charbon, où il faut descendre dans les tranchées de la vie quotidienne, avec ses coups de poing et ses revers de fortune   dans un pays où la femme, malgré toutes les avancées réalisées dans tous les domaines, n’arrive pas encore à obtenir la place de choix qui lui revient de droit. Il ne faut pas, non plus, oublier que nous devons saluer le travail réalisé par toutes ces grandes dames à la fois connues et médiatisées, celles dont tout le monde parle, à longueur d’année, mais il ne faut pas oublier toutes ces femmes qui sont les véritables héroïnes du quotidien, ces femmes qui réalisent des choses incroyables, dans la modestie et le silence. Ces femmes dont personne n’entend la voix. Pourtant, elles crient haut et fort leur souffrance, leur résilience et leur résistance face aux archaïsmes et à l’ignorance criarde. C’est pour cela que nous célébrons aujourd’hui la mère, la sœur, la fille, la femme au foyer, l’éducatrice, celle qui met au monde des enfants, qui les nourrit, qui les élève et qui en fait des hommes, comme nous célébrons ces femmes cheffes d’entreprises qui apportent leurs pierres à l’édifice de la société où elles évoluent. Nous fêtons aujourd’hui également les ouvrières, les artisanes, les femmes de ménage, les travailleuses de l’ombre qui font un bien considérable à leurs semblables. Nous célébrons toutes celles qui ont choisi de travailler avec dignité et honneur pour subvenir à leurs besoins sans se déshonorer. Nous célébrons nos mères, qui nous ont légué un sens aigu du respect de la femme, de toutes les femmes. Nous célébrons les Marocaines chercheuses, scientifiques, enseignantes, avocates, juristes, économistes, activistes de la société civile, travailleuses acharnées qui donnent le bon exemple pour contrecarrer tout le déballage vil et bas de toutes celles qui inondent la toile de messages triviaux, racoleurs, mercantiles et indignes dans une société qui a besoin de repères féminins solides pour éviter les glissades et les dérapages. Car, le combat de la femme aujourd’hui est aussi d’éviter d’être une marchandise qui se monnaie sur les réseaux sociaux, qui vit aux crochets de la société, qui fait de la réclame, vit gratis et s’en gargarise comme si c’était un exploit ! Il nous faut des jeunes filles qui rêvent d’être programmatrice à la Nasa comme toutes ces Marocaines dont nous sommes fiers, des femmes qui découvrent des astres, des médicaments, de nouveaux traitements, des femmes qui s’illustrent dans la science, le savoir, la connaissance loin de toute braderie des corps au rabais, comme c’est le cas aujourd’hui.

En fin et en guise de conclusion : nous devons, face à tout ceci nous poser quelques questions qui demeurent ouvertes : Qu’entendons-nous par l’émancipation de la femme aujourd’hui ? Est-ce son indépendance financière ? Est-ce son intégrité en tant qu’être humain qui doit se battre pour sa liberté ou est-ce un slogan vide de sens que l’on peut remplir avec tout ce qui nous passe par la tête ?  Qu’entendons-nous par l’égalité des genres ? Que veut dire l’équité sociale dans les rapports femmes /hommes ? Avons-nous pris le pouls de la société dans ses profondes ramifications pour voir à quel point nous sommes en retard sur la question de la femme, comparés aux autres pays au monde, mais surtout en Afrique et dans le monde arabe ? Avons-nous réalisé que jamais société digne de ce nom, ne peut aspirer à la grandeur sans mettre la femme au centre des décisions à prendre, sans faire en sorte que la femme ait la place qu’elle mérite au sein de la société.