ÉVÉNEMENTS DE SEBTA – LE POURQUOI DU COMMENT

Selon des chiffres invérifiables et émanant de plusieurs sources, entre 50 et 60 mille Marocains sont entrés dans l’enclave marocaine occupée par l’Espagne, Sebta, le 29 juillet 2026. Au bout de quelques jours de tractations et de pourparlers, plusieurs sources estiment que 95% de ceux qui ont franchi la frontière sont rentrés au Maroc. Pourquoi une telle déferlante ? Pourquoi maintenant ? Et quelles leçons en tirer ?

Au-delà de la violence des images transmises par les chaînes de télévision et relayées par les réseaux sociaux, entre vraies informations et Fake news téléguidées, au-delà de cette escalade médiatique en Espagne et dans certains pays européens, au-delà des spéculations et des surenchères, qui donnent dans les théories hasardeuses du complot et autres manœuvres politiciennes de mauvais aloi, à quelques encablures des échéances électorales au Maroc, Au-delà de la littérature de bas étage relayée par les réseaux sociaux, concentrons-nous sur l’essentiel : pourquoi cette grande vague de citoyens marocains qui décident d’un coup de franchir les barbelés, de sauter à l’eau, de nager, au risque d’y laisser la vie pour passer de l’autre côté d’une ville occupée par l’Espagne, une ville marocaine, qui n’est pas mieux lotie que tant d’autres villes au Maroc, qui est même plus pauvre que la majorité des grandes villes du pays, comme ceux qui connaissent très bien la ville peuvent l’attester, sans démagogie ni instrumentalisation des faits.

D’abord un fait capital : ce n’est pas 100 ni même 1000 personnes qui sont passés de l’autre côté de la frontière. Mais au moins 50 000. Le chiffre équivaut aux habitants d’une petite ville, alors que les chiffres officiels du nombre d’habitants de Sebta ne dépassent pas les 83 000. 50 000 personnes qui se donnent le mot et qui vont au-devant du danger, c’est pour le moins un fait inédit dans l’histoire de la région. Le deuxième fait notable est que ceux qui ont franchi le poste frontière de Tarajal sont vite revenus chez eux. « Circulez, rentrons chez nous, il n’y a rien à voir à Sebta, c’est même pire que chez nous », semblent-ils dire de concert à leur retour. Le troisième fait important est le timing de ce passage massif de l’autre côté de la frontière. Il y a certes la tentative de rapprochement entre Alger et Madrid qui a été amorcée puis avortée dans l’œuf à la même période, mais il y a aussi la volonté de la direction Donald Trump de mettre Madrid au pied du mur et de remettre sur la table les territoires marocains toujours occupés par l’Espagne. Pourtant, au niveau des relations bilatérales entre Rabat et Madrid, jamais les choses n’étaient aussi bien au beau fixe. Une bonne entente, une grande collaboration dans de nombreux domaines stratégiques et notamment l’immigration et la lutte contre le terrorisme. Dans ce contexte de tension, il faut essayer de comprendre en premier lieu, comment l’Algérie traite cet événement. Ce sont de véritables appels à la révolte qui fusent dans les médias algériens, jetant de l’huile sur le feu dans des tentatives assumées de semer le trouble chez le voisin marocain surtout après la reprise des affaires d’envergure entre Rabat et Madrid. Un rapprochement au détriment d’Alger qui perd sur tous les tableaux face au Maroc. Sans oublier le rôle que joue le Maroc pour sécuriser les frontières sud de l’Union européenne, un rôle capital que d’autres États n’ont pas pu tenir, comme l’Algérie, la Tunisie, la Libye, la Turquie, la Grèce et même l’Italie et Malte.

Alors, si c’est un mouvement migratoire spontané qui veut changer d’air et d’aller voir comment la vie est de l’autre côté dans ce faux Eldorado espagnol et européen, quels en sont les motifs ? d’abord, cela arrive à un moment où la situation économique est pour le moins inquiétante. Le dernier rapport de Bank Al Maghrib annonce 13% de chômage, avec en tête celui des jeunes, alors que le gouvernement annonce, de son côté, des réussites économiques, une croissance sans précédent et un taux de chômage moindre ! Qui dit vrai ? la réalité, elle, ne souffre aucune ombre : la pauvreté gagne chaque année plus de terrain, les inégalités sociales sont de plus en plus flagrantes, avec des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus nombreux, un taux de chômage élevé, une jeunesse livrée à elle-même, la cherté de la vie, des conditions de vie très difficiles… et tant d’autres maux relayés et détaillés par plusieurs rapports du Haut-Commissariat au Plan. Une situation exacerbée par l’attitude du gouvernement qui répond au malaise social par le silence, en détournant le regard, ou alors en brandissant certaines réussites sportives, notamment au football, pour calmer les masses. Certes, briller dans les sports, c’est bon, mais ça ne met pas de nourriture sur la table de toutes ces familles aux abois qui tirent la langue et ne savent plus à quel saint se vouer. Les jeunes ont besoin de travail, de moyens pour vivre et surtout d’étudier pour avoir une chance de changer de condition sociale et de s’en sortir. C’est que la situation est sérieuse et exige des solutions concrètes et efficaces et non de simples effets de manche et des slogans pour les médias, avec des visées électorales. Dans ce sens, le Discours royal a été très clair et a mis encore une fois les points sur les « I » en affirmant que Sa Majesté travaille d’arrache-pied pour offrir à tous les Marocains une vie digne. Mais c’est là le travail du gouvernement de traduire sur le terrain des réalités à la vision Royale. Parce que cet épisode de Sebta doit agir aujourd’hui comme un électrochoc à un moment où le gouvernement marocain doit prendre ses responsabilités et monter au créneau pour parler à toute cette jeunesse désespérée qui ne rêve que d’une chose : ficher le camp sous d’autres cieux, loin de toute démagogie électoraliste et loin de toute idéologie douteuse par temps de crise. C’est là un ensemble de facteurs sérieux qu’il faut analyser pour comprendre ce qui se passe et surtout agir en conséquence.

Le prochain gouvernement doit apprendre des failles de celui-ci

Comment faire la politique autrement ? Comment comprendre le pouvoir de la résilience des Marocains ? Quelles sont les urgences nationales ? Quelles sont les géographies de la peur au Maroc et pourquoi a-t-on peur de l’avenir ? Le gouvernement Akhannouch, quelles leçons en tirer ? Pourquoi rien ne change malgré les discours et les promesses électorales ? Quels liens entre l’exploitation économique et l’oppression idéologique ? Pourquoi l’économie va très mal malgré les chiffres avancés par le gouvernement et pourquoi la société va très mal ? Pourquoi s’acharner à rendre la société imbécile, alors que l’on sait que c’est jouer avec le feu ? Pourquoi l’intellectuel marocain est devenu une race qui a disparu ? Qu’en est-il de la fameuse réforme du système de santé au Maroc ? « Événements de Sebta, au-delà des commentaires, quelles solutions ? … Ces grandes interrogations citoyennes doivent apporter des lectures réalistes, logiques et rationnelles de ce qui ne vas pas au Maroc et de ce qui doit être entrepris en urgence pour rectifier le tir, si l’on ose dire. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, la teneur de la politique au Maroc est claire : c’est un pays qui va à deux vitesses diamétralement opposées. D’un côté, la politique visionnaire de Sa Majesté le Roi, Mohammed VI. De l’autre, les lenteurs et les dysfonctionnements d’un gouvernement, dirigé par Aziz Akhannouch, en rupture totale avec les réalités sociales du Maroc. Car, il faut le souligner, dans des domaines très fragilisés comme la politique de la solidarité et de la famille, le Maroc a encore du pain sur la planche tant les inégalités sont criardes, tant la femme et la famille souffrent d’archaïsmes multiples qui ont la peau dure. C’est le même impératif dans un domaine comme la santé, un département qui souffre de plusieurs maux et qui a besoin d’une réforme structurelle et d’une vision claire, avec du pragmatisme pour assainir, apporter les changements qu’il faut en urgence, pour redonner confiance aux Marocains qui sont unanimes à affirmer que le système de santé marocain est faillible, injuste et ne respectant aucunement la dignité des uns et des autres. C’est la même logique qui vaut pour l’aménagement du territoire et l’habitat pour offrir aux Marocains des logements dignes de ce nom dans le strict respect des valeurs humaines fondamentales qui sont d’abord le droit à un toit décent. C’est le même appel face à la crise révoltante de l’Éducation et de l’Enseignement, avec des ministres qui ont consacré les faiblesses et plongé ce secteur vital et stratégique dans l’impasse.

Cela doit nous inciter à passer au crible tous les ratages de ces dernières années, au moins depuis 2010. Seize longues années de cafouillage et de failles qui ont abouti à une profonde et grave crise sociale sur fond de colère citoyenne, avec une jeunesse consciente qui a investi les espaces publics pour demander justice. En cinq années d’exercice, de nombreuses failles ont été identifiées, des ratages, des défaillances, une très mauvaise gestion de la chose publique, une coupure nette avec la base du peuple marocain, une forme d’arrogance, couplée parfois à des insultes et des jugements de valeurs qui ont profondément heurté le peuple marocain. Sans oublier des secteurs entiers qui souffrent de dysfonctionnements systémiques, tels que la santé, l’éducation, l’enseignement supérieur, le travail, l’habitat, la justice, le commerce, le tourisme, la transition numérique, l’agriculture et la pêche maritime, la culture et la jeunesse, laissée pour compte et considérée comme la dernière roue du carrosse. Ce qui a conduit à un ras-le-bol généralisé finissant dans les rues du Royaume exigeant la démission de la coalition au pouvoir tout en lui demandant des comptes sur la mauvaise gestion, sur la corruption, sur le manque d’équité et d’égalité sociale ». Ce qui s’est passé à Sebta doit aussi nous inciter à nous arrêter aussi sur d’autres points chauds dont souffre la politique au Maroc : la corruption, la gabegie, les passe-droits, la politique de la rente, la médiocratie qui doit être remplacée par une véritable méritocratie, tant le pays regorge de compétences marginalisées et qui n’ont aucune voix au chapitre, avec des horizons bouchés et des inégalités de chances meurtrières. Dans ce sens, il y a clairement, et sans l’ombre d’un doute, quelque chose qui ne va pas, quelque chose qui ne tourne pas rond, au sein de ce gouvernement en rupture totale avec les réalités du pays. Ce qui pousse de nombreux observateurs à affirmer que les membres du gouvernement ignorent tout sur ce que le peuple endure comme manque, comme injustice, et comme isolement et marginalisation, à tous les niveaux.

Alors, quel horizon d’ici la fin septembre 2026 ? Qui sera à la tête du prochain gouvernement ? Avec quel programme ? Quelle vision ? Quelles priorités ? Et surtout ce prochain gouvernement, quelle que soit son obédience, sera-t-il en adéquation avec la feuille de route Royale, telle que voulue par Sa Majesté, l’unique garant de la solidarité, de l’unité et de la dignité des Marocains ?