DE LA RÉFORME À LA PERFORMANCE : SOUS L’IMPULSION ROYALE, LA DOUANE MAROCAINE – ENTRE DANS UNE NOUVELLE ÈRE

Laurent ARACIL Transitaire et gérant de la société ATRANSIT
Depuis plus de deux décennies, l’évolution des recettes douanières marocaines reflète le choix stratégique du Royaume en faveur de l’ouverture économique. Celles-ci sont passées d’environ 30 milliards de dirhams en 2000 à 73 milliards en 2010, portées notamment par le développement du complexe portuaire Tanger Med et l’essor des infrastructures logistiques. Après le recul enregistré en 2020 sous l’effet de la crise sanitaire, la dynamique s’est nettement redressée, atteignant 144,8 milliards de dirhams en 2024, puis 100,7 milliards nets à fin 2025, en progression de 9,1 %. Cette trajectoire témoigne de la consolidation progressive du Maroc en tant que hub régional.
La structure des recettes douanières a, par ailleurs, connu une mutation profonde. Initialement dominées par les droits d’importation, elles reposent désormais principalement sur la TVA à l’importation et la taxe intérieure de consommation (TIC). En 2025, les droits d’importation ne représentent plus que moins de 17 % du total, tandis que la TVA à l’importation génère plus de 63 milliards de dirhams. Cette évolution traduit le passage d’une douane de protection à une douane de facilitation, étroitement liée à la dynamique des échanges commerciaux. Toutefois, cette dépendance accrue aux volumes d’importation et aux fluctuations des prix énergétiques souligne la nécessité d’une modernisation continue, fondée sur l’anticipation et la gestion intelligente des flux.
À fin 2025, les recettes fiscales de l’État atteignent 358,9 milliards de dirhams, dont 28 % proviennent des recettes douanières, soit près de 9,5 % du PIB. La douane s’impose ainsi comme un acteur central du financement public et de la compétitivité économique nationale.
Dans ce contexte, le Maroc, fort de ses nombreux accords de libre- échange, doit désormais franchir un nouveau cap. L’enjeu ne réside plus dans la protection tarifaire, mais dans la maîtrise stratégique des flux commerciaux. La digitalisation des procédures, le développement de solutions de traçabilité avancée et l’intégration dans les chaînes de valeur régionales constituent des leviers essentiels.
À ce titre, la douane est appelée à évoluer d’une fonction de contrôle vers un rôle d’interface stratégique, au service de la performance économique et de l’intégration du Royaume dans les échanges internationaux.


