DE LA POLITIQUE AU TEMPS DES ÉLECTION – LA PRÉTENTION D’UNE FERRARI QUI A DES PNEUS DE QUATRELLE

Dans un livre passé inaperçu, publié en 1945, intitulé « Homo Viator », Gabriel Marcel, avait écrit ceci de valable encore pour quelques siècles : « L’espérance n’est pas une simple conviction passive que tout ira bien, mais une affirmation active que le monde recèle des ressources inépuisables de renouveau ». Il en va de même pour le Maroc, aujourd’hui, en septembre 2026, à quelques jours d’un scrutin qui, normalement devait porter une certaine dose d’intérêt et de suspense, pour ne pas dire de surprises. Le Maroc doit normalement avoir ces ressources inépuisables de renouveau politique, dans la vision, dans l’engagement et dans la gestion des affaires du pays et des Marocains. En 20 ans, nous ne pouvons prendre pour acquis qu’aucune jeunesse politique n’a pu émerger de l’ombre et avoir droit au chapitre ! Il doit y avoir des activistes convaincus, de jeunes politiciens formés soit dans des partis, malgré leur vétusté, soit au cœur de la société civile, soit des technocrates, diplômés d’écoles supérieurs, au Maroc et ailleurs, et qui sont porteurs de meilleurs rêves pour leur Nation, le Maroc de demain. Pourtant, à faire le tour de presque tous les partis politiques au Maroc, de ceux qui se prétendent grands aux hizbicules, toutes les formations partisanes, recyclent les mêmes noms et visages. Comme si chacun attendait son tour dans un jeu de tournante pour obtenir un poste et une chance de faire partie de ce que l’on appelle « l’élite politique ». Car, à ne pas s’y tromper, aucune personne, absolument aucune, n’entre en politique, pour en révolutionner les arcanes et en chambouler la vision, les objectifs et les défis, mais, tout le monde, tout ceux qui rêvent de devenir politicien, rêve, chaque matin en se rasant ou en se coiffant de devenir ministre. C’est le plafond. Mais il faut le sésame : les élections, le passage par les urnes, le cooptage partisan, les réseaux et la marge de manœuvres dont est capable chacun.
A quelques jours des élections législatives, nous n’avons pas encore entendu ou lu le moindre discours logique, rationnel, chiffres et données crédibles à l’appui, d’aucun parti politique briguant le fameux sésame. À ce jour, pas un seul politicien en vue, ministre ou prétendant à un maroquin, n’a émis le début d’un programme politique, en dehors des poncifs communs que l’on recycle à chaque vote. Et dans ces illogismes, chacun y va de magie politique : qui va annihiler le chômage, qui va en finir avec le loyer, qui va baisser tous les prix, qui va créer des millions de postes de travail, qui va en finir avec la pauvreté et la précarité, qui va doter le pays, en cinq ans, tenez-vous bien, de la meilleure théorie de santé possible et imaginable, qui va réformer la justice, qui va offrir, enfin, aux Marocains la possibilité d’être des touristes chez eux, qui va lutter définitivement contre la corruption, la gabegie, le clientélisme et les passe-droits, qui va assainir une classe politique, accusée par les citoyens de corrompue, de profiteuse, de je-m’en-foutiste, voir même de traîtres à la nation puisqu’elle est aussi accusé de détruire la cohésion sociale, le socle solide sur lequel repose les arcane du pacte entre la grande Monarchie et ce grand peuple, dont on vient de fêter l’Union sacrée.
Alors comment fait-on la politique en septembre 2026 ? On chante et on danse, on s’insulte copieusement entre ministres, entre partis, entre prétendants, on fait filtrer des enregistrements audio (vrais ou faux) où certains démasquent d’autres alors que ceux-ci sont épinglés par d’autres dans un jeu de dupes, par clavier et écouteurs interposés. C’est tout de même curieux que ce ne soit que cela la politique chez nous : des insultes, des injures, de la haine non déguisée, de la trahison partisane, des accusations qui frôlent la criminalité, des scandales financiers, des milliards dont on dit volatilisés, des abus, des malversations, des spoliations terriennes, des procès, des verdicts, mais toujours cette résilience des politiciens qui ne reculent devant rien. Quand on lit toutes ces accusations et quand on voit comment les populations s’en délectent, on sait que l’affaire est dans la poche : d’un côté, on file vers le scrutin, tranquillement ; de l’autre, on nourrit le voyeurisme des citoyens, qui pensent que justice a été faite quand ils écoutent un ministre insulter un autre, ou un député énumérer les supposés « vols » commis par d’autres, ou encore quand le citoyen croit qu’il a été vengé des politiciens qu’il accuse de tous les maux par la grâce du saint patron des urnes !
Tout cet étalage de bas étage, qui flirte avec le vulgaire et le crapuleux, quand on entend des responsables parler un langage trivial, sale et dégoûtant, quand on mesure le potentiel de haine qui régit la classe politique, quand on mesure surtout l’ignorance du citoyen de ce qu’est sa place au sein d’une société, on sait à qui nous avons affaire et pourquoi le pays roule à plusieurs vitesses, avec la prétention d’une Ferrari qui a des pneus de quatrelle.


