MADAME LA CHEFFE DU GOUVERNEMENT, LA BISE ET LA PRIÈRE… – RADIOSCOPIE D’UNE SOCIÉTÉ ARCHAÏQUE

On mesure le degré de sous-développement d’une société à l’aune de ce qui la préoccupe viscéralement, au degré de sa fragilité face à des événements d’une banale simplicité, à la valeur des questions qu’elle se pose face à des futilités qui semblent essentielles pour elle. Il suffit d’une observation simple- et à la limite rapide- de ce qui se passe dans le paysage politico-social marocain depuis les élections législatives pour réaliser à quel point la société marocaine est en parfait décalage avec ses prétentions de « modernité » et de « modernisme ». Tout comme on mesure la profondeur de l’ignorance de la société marocaine face à ce qui constitue pour elle des priorités à un moment de son histoire où elle se doit de se concentrer sur d’autres priorités, d’autres urgences, comme combattre sa médiocrité inhérente, lutter contre l’idiocratie qui prend de plus en plus d’espace au cœur d’un tissu social rongé par la bêtise, le superflu, l’insignifiant et ce qui flotte à la surface des choses et des faits.
Cette constante nationale a été démultipliée depuis que Madame Fatima Zahra El Mansouri a été nommée Cheffe du prochain gouvernement dont les contours se dessinent chaque jour davantage. Dans le fatras des idioties qui ont droit de cité, le Marocain lambda ainsi que le supposé observateur politique doublé du « journaleux » sans expérience ni connaissance des mécanismes de la realpolitik, se déverse en diatribes sur le fait que cette dame fait la bise à ses amis, ses connaissances, aux gens qui travaillent avec elle, à ses collaborateurs voire même à des membres de son cercle le plus proche. Faire la bise, la belle affaire ! C’est le débat d’avant l’annonce du nouveau gouvernement. Jamais la société n’a été aussi bas et aussi affligeante dans son hypocrisie légendaire. Tout le monde embrasse tout le monde, tout le monde fait la bise à tout le monde, sauf, évidemment, ceux qui se réclament d’une certaine obédience « religieuse » et qui se réservent le droit de ne pas serrer la main d’une femme. Et c’est leur choix. Mais embrasser un proche, un ami, un collaborateur, en quoi est-ce condamnable au point d’en faire un sujet social, une préoccupation, une menace pour la morale ! Pire, il se trouve parmi les accusateurs des personnes qui viennent de faire la bise à, une copine voire à une collègue, mais elles versent dans la même glissade pseudo-éthique à pieds joints. Un déphasage avec soi qui en dit long sur l’état mental d’une frange de la société qui agit d’une certaine façon et prêche de toute une autre tout en sommant les autres de ne pas faire ce qu’elle fait.
C’est le même traitement réservé à la coupe de cheveux de madame la cheffe du prochain gouvernement. Pourquoi elle ne se couvre pas les cheveux ? Elle ne veut pas. Elle n’a jamais eu les cheveux couverts. Pourquoi voulez-vous qu’elle tombe dans la même hypocrisie sociale juste pour faire plaisir à des gens qui prêche tout et son contraire dans la même phrase. C’est aussi la même attitude face à la prière. À l’instant même où l’information de la nomination d’une femme à la tête du gouvernement, les commentaires surréalistes ont éclaté dans des torrents d’illogique et de non-sens. Mais personne n’a posé les questions essentielles : Est-elle à la hauteur de la fonction ? Peut-elle assumer son mandat avec force et responsabilité ? A-t-elle les épaules solides pour naviguer dans les eaux troubles de la politique marocaine ? Quelle est sa vision de la politique ? Comment compte-t-elle redresser les torts de ses prédécesseurs ? Quel est son agenda crédible et fiable ? Ce qu’elle peut, ce qu’elle ne peut pas, jusqu’où ira-t-elle pour redonner confiance aux Marocaines en la politique ? Sera-t-elle capable de tourner une page et d’en écrire une nouvelle ? Connaît-elle ses dossiers ? Quelles réformes compte-t-elle mener ? Comment compte-t-elle réguler et équilibrer le niveau de vie des Marocaines avec la cherté de la vie et la crise économique ?
Non, on a balayé d’un revers de la même l’essentiel pour verser dans l’insignifiant tout comme une majorité de ceux qui ont voté ont passé cinq ans à se plaindre pour au bout du compte, accepter des sous pour aller jeter un bulletin dans une urne.


