LÉGISLATIVES 2026 – QUELLE MAJORITÉ ET QUELLES OPPOSITIONS ?

Les élections législatives du 23 septembre 2026 ont livré un verdict sans appel consacrant trois partis qui se sont dégagés de la mêlée, à savoir le PAM, le RNI et l’Istiqlal. Ces trois formations politiques ont réalisé des scores assez confortables leur permettant de constituer entre eux trois le nouveau gouvernement marocain. À eux trois, ils totalisent 228 sièges, ce qui leur donne le luxe de refuser certaines alliances comme l’USFP, le MP ou encore l’UC, sans parler du PPS et du PJD, qui a annoncé officiellement son refus de s’aller au PAM. Ces partis peuvent siéger dans une opposition, très hétéroclite, mais qui demeure assez forte qui doit faire savoir qu’un gouvernement fort ne peut être consolidé que face à une opposition tout aussi forte et solide.

Une majorité forte a besoin d’une opposition forte pour asseoir sa vision et rendre l’exercice du pouvoir à la fois crédible et pointu. Avec toute la distanciation nécessaire, avec presque un mois de recul après le vote, nous pouvons réfléchir et analyser la politique marocaine telle qu’elle se profile pour au moins les cinq prochaines années, pour ce mandat qui sera mené par une figure du PAM et nommé chef du gouvernement par le Roi Mohammed VI. Un parti sorti vainqueur des urnes qui lie son destin politique à ses deux dauphins, le RNI et le parti de l’Istiqlal. Au-delà des divergences partisanes au sein de ces trois formations qui peuvent donner corps à l’ossature du nouveau gouvernement marocain, au-delà des éloignements idéologiques des trois partis qui ne partagent aucun socle commun, ni historique ni politique, dans le sens d’une vision propre de la gouvernance selon des paradigmes clairs hérités d’un passé militant qui peut revendiquer un certain nombre d’idées et de visions versant dans la même direction à défaut de générer le même sens final, ce nouveau gouvernement doit retenir les leçons tirées -si elles sont tirées- de l’échec du RNI. Car, il ne faut pas se leurrer, rien, absolument rien ne peut servir de tronc commun aux trois partis qui forment aujourd’hui la majorité, en dehors de leur désir commun et de leur volonté de gérer les affaires du pays, d’avoir leur chance de montrer ce dont ils sont capables, d’avoir eux aussi leur tour pour passer aux commandes et amorcer une dynamique autre que l’on voudrait en totale rupture avec la politique telle qu’elle a été exercée au Maroc, depuis au moins deux décennies.

Rupture ou cassure

Le PAM, le RNI et l’Istiqlal sont sommés aujourd’hui de réaliser deux exploits. D’abord former un véritable gouvernement de compétences loin de tout copinage, de tout piston, de tout arrangement, de tout intérêt et autres amabilités de circonstances. S’ils réussissent ce rite de passage, ils auront déjà accompli une réelle cassure avec les 15 dernières années. Ensuite, ces trois partis sont obligés d’exercer la gouvernance selon d’autres paradigmes, basés sur une véritable vision libérale puisqu’au moins les deux premiers partis s’en réclament et composent avec le conservatisme propre à l’Istiqlal. Pragmatisme contre démagogie, c’est cela le socle sur lequel se doit bâtir le gouvernement qui sera mené par le PAM, quel qu’en soit le chef. Un parti, qui, d’un côté, a la tâche facile parce qu’il est très aisé de succéder à un Aziz Akhannouch décrié par les bases sociales, après l’échec social de son mandat. De l’autre, doit avoir la force et le recul nécessaires pour renouer avec des gouvernements comme ceux qui ont été dirigés par Abderrahmane El Youssoufi, Ahmed Ossman, Maâti Bouabid ou encore Abdellatif Filali et Driss Jettou.
Pour tenir la dragée haute à l’histoire des primatures marocaines, le chef du nouveau gouvernement se doit de réfléchir par deux fois à l’opposition qui sera en face, qui pourra stimuler la concurrence, excéder les rivalités politiques, jouer au juge de paix, au troisième arbitre qui veille aux grains, qui remarque, qui critique, qui proteste, qui monte au créneau, qui crie, qui hurle, qui fait entendre sa voix et qui se fait respecter en tant qu’entité opposante pour un gouvernement à qui on demande du résultat, rien que des résultats pour suivre la feuille de route telle qu’elle est tracée par le Roi Mohammed VI et telle que le Modèle de développement, pensée et conçu par une commission réunissant différentes sensibilités qui ont planché sur des visions et des recommandations pour le Maroc de 2030, de 2040 voire de 2050. Parce que ça serait une erreur fatale pour ce nouveau gouvernement de tomber dans l’écueil de la facilité en se disant que n’importe quel gouvernement peut faire mieux que le bilan précédent. Faux. Risqué. Rédhibitoire. Le gouvernement sortant ne devant pas servir de baromètre à aucune vision politique inscrite dans le futur, ce nouveau gouvernement doit éviter de se fragiliser en ayant en face une opposition faible, très faible, voire moribonde. Au contraire, il faut avoir en face une véritable opposition qui doit élever vers le haut les actions du gouvernement aux commandes.