FESTIVAL NATIONAL DES ARTS POPULAIRES (FNAP) DE MARRAKECH – UNE TRANSE COLLECTIVE ET PSYCHOLOGIQUE

Rachid Ait Oufkir
La 55e édition du Festival National des Arts Populaires de Marrakech (du 2 au 6 juillet 2026) offre une illustration parfaite de ce qu’est l’inconscient collectif en action. Sous le thème « Les arts populaires, trésors d’hier et d’aujourd’hui », cet événement ne fait pas que divertir : il guérit, rassemble et réactive la mémoire psychique profonde de tout un peuple.
D’un point de vue psychologique et psychanalytique, voici comment le festival agit sur notre esprit.
1. Le Palais El Badiâ : Le retour au « Soi » et à la matrice historique
Le grand événement de cette édition 2026 est le retour du spectacle principal au cœur du Palais El Badiâ.
En psychanalyse : Les ruines d’un palais représentent les fondations de notre psyché, notre passé enfoui. Faire résonner les chants traditionnels à l’intérieur de ces hauts murs de terre ocre du XVIe siècle crée un sentiment de sécurité et d’enracinement.
L’effet miroir : Le spectateur se retrouve plongé dans un espace qui a traversé les siècles. Cela apaise l’angoisse existentielle moderne en nous rappelant que nous appartenons à une histoire longue et solide qui nous dépasse.
2. La transe et le rythme : Libération des émotions refoulées (La Catharsis)
Qu’il s’agisse des ondulations de l’Ahidous de l’Atlas, de la ferveur des troupes de Taskiwin, ou des vibrations profondes du guembri des Gnaoua, la musique du festival utilise la répétition et le rythme de manière thérapeutique.
La synchronisation psychologique : Lorsque des dizaines d’artistes et des milliers de spectateurs bougent au même rythme, les frontières de l’individualité s’effacent. C’est ce que la psychologie appelle un « état modifié de conscience ».
La décharge émotionnelle : Le rythme lourd des tambours et la transe permettent de libérer le stress, les traumatismes inconscients et le refoulement accumulés au quotidien. On ne fait pas qu’écouter la musique, on la ressent physiquement, ce qui permet de reconnecter l’esprit au corps.
3. L’hommage à la Aïta au féminin : Réhabiliter l’archétype de la « Mère-Courage »
Cette édition met un point d’honneur à célébrer la Aïta au féminin (et à rendre hommage à des figures comme Zina Daoudia).
L’expression du féminin sacré : Dans la structure psychologique marocaine, la voix de la femme dans la Aïta exprime à la fois la douleur, la résistance, la poésie et la force.
Une réparation psychologique : Donner une scène centrale à ces voix féminines permet de rééquilibrer les archétypes culturels, en honorant la parole de la femme comme porteuse officielle de la mémoire affective et de la transmission du pays.
Ce qu’il faut retenir : Le FNAP de Marrakech est une immense séance de psychothérapie collective. En reliant le passé (« hier ») au présent (« aujourd’hui »), il rappelle à notre inconscient que malgré les crises, les changements du monde et la modernité galopante, notre noyau psychologique profond reste intact, vibrant et profondément vivant.


