MOYEN-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD, LE FMI ET L’UM6P ESQUISSENT LES CONTOURS D’UN NOUVEAU MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT

M. Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient (MENA) et Asie centrale du Fonds monétaire international (FMI).

Et si les crises qui secouent le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord devenaient le point de départ d’un nouveau cycle de développement ? C’est l’idée qui a dominé les échanges lors de la deuxième Conférence annuelle de la recherche sur la région MENA, organisée à Rabat par le Fonds monétaire international (FMI) et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Face à un environnement international en pleine recomposition, marqué par les tensions géopolitiques, les bouleversements du commerce mondial, la transition énergétique et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, les intervenants ont défendu une conviction commune. Les modèles de croissance hérités du passé ne répondent plus aux défis d’aujourd’hui.

Pour Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, la région traverse une période charnière. Les conflits, la volatilité des prix de l’énergie, les perturbations des grandes routes commerciales et le resserrement des conditions de financement exercent une pression constante sur les économies. Ces chocs, loin d’être ponctuels, fragilisent les chaînes d’approvisionnement, accentuent les tensions sur les marchés alimentaires et énergétiques et réduisent les marges de manœuvre des gouvernements, déjà confrontés à des niveaux d’endettement élevés et à une demande sociale croissante.

Mais derrière cette accumulation de crises se cache aussi une occasion de transformer les économies de la région. Selon le responsable du FMI, ces bouleversements invitent les pays de la région MENA à revoir leurs priorités, à accélérer les réformes structurelles et à bâtir des modèles de développement plus solides, plus inclusifs et mieux préparés aux mutations de l’économie mondiale. L’équation est complexe. Il s’agit de répondre aux urgences du présent tout en préparant l’avenir, dans un contexte où la transition énergétique, la révolution numérique et l’intelligence artificielle redessinent déjà les rapports de force économiques.

Cette transformation ne pourra cependant se faire sans une vision de long terme fondée sur la connaissance. C’est le message porté par Karim El Aynaoui, vice-président exécutif et doyen de l’UM6P, qui a appelé à replacer la recherche scientifique au cœur de la décision publique. Pour lui, les défis auxquels font face les pays de la région sont devenus trop complexes pour être abordés à travers des solutions toutes faites. Les politiques publiques doivent désormais s’appuyer sur des travaux académiques solides, une meilleure exploitation des données et une compréhension plus fine des réalités économiques, institutionnelles et sociales propres à chaque pays.

Le responsable de l’UM6P estime également que l’époque des recettes universelles appartient au passé. Chaque pays est désormais appelé à construire sa propre trajectoire de développement, en mobilisant ses institutions, ses chercheurs et ses acteurs économiques autour d’une ambition commune. Dans cette perspective, le capital humain, la recherche et l’innovation deviennent des leviers essentiels pour renforcer la compétitivité et stimuler la productivité, notamment dans les économies à revenu intermédiaire comme celle du Maroc.

Karim El Aynaoui a également insisté sur un enjeu souvent relégué au second plan, celui de l’accès aux données. Sans une information fiable et accessible, la recherche ne peut pleinement jouer son rôle d’appui à la décision publique. C’est dans cette logique que l’UM6P poursuit son ambition de construire une véritable infrastructure intellectuelle, capable de former les talents, de produire des connaissances et d’accompagner les profondes mutations économiques et industrielles que connaît la région.

Au fil des échanges, un constat s’est imposé. Dans un monde où les équilibres économiques se redessinent à grande vitesse, le développement ne peut plus être pensé à travers des modèles importés ou des solutions standardisées. Il devra désormais s’inventer au plus près des réalités locales, nourri par la recherche, guidé par l’innovation et porté par une coopération plus étroite entre les institutions publiques, le monde académique et les acteurs économiques.