AHMED ESSAYAD

Ahmed Essayad,

Avec deux remarquables concerts donnés le 15 avril à l’Académie du Royaume du Maroc et les 2 et 3 juin à Paris, le compositeur Ahmed Essayad a pu faire entendre des œuvres anciennes ainsi que deux créations mondiales, La Lettre d’amour et Dans l’ombre de l’abandon. Ces partitions ont été jouées par l’ensemble L’Instant donné ainsi que par le quatuor Elmire accompagné par une sopano.

Le concert du 15 avril a été écouté avec ferveur dans les locaux de L’Académie Royale. On a pu y entendre Les trois chants de Voix interdites pour soprano, flûtes, clarinettes, harpe, alto, violoncelle, contrebasse et marimba, sur des poèmes en arabe d’al-Hallaj, la Sonate pour violon et piano, Asselmane pour flûte basse, Le temps rebelle, pièce pour flûte basse et piano, Les eaux meurent en dormant pour flûte en sol et piano et Lettre d’amour pour voix de soprano, violoncelle, contrebasse, harpe et clarinettes, sur un texte de Jalal ad-Din Rumi. L’événement fut salué autant pas Salim Jay que par Ghita El Khayat en raison du choix d’une musique qui n’est ni modale comme les anciennes musiques du Maghreb, ni tonale comme les musiques occidentales depuis le XVIIe siècle. Ahmed Essayad est d’abord un disciple de Schoenberg, plus précisément l’élève et l’ami du compositeur Max Deutsch tout en alliant la recherche de l’écriture moderne dodécaphonique avec la musique et le chant de sa terre natale marocaine. Il est aussi le compositeur marocain qui a écrit le plus grand nombre d’opéras dont Robert le Diable, créé en avril 1984, L’Eau, créé le 21 mars1985, Héloïse et Abélard, opéra créé à l’Opéra du Rhin puis au Châtelet en 2001, ce qui est véritablement exceptionnel.

Le compositeur et les musiciens du concert des 2 et 3 juin 2026.

Entre temps, un film réalisé par Assia Djebar en collaboration avec Malek Alloula, La Zerda ou les Chants de l’oubli, avec un accompagnement musical d’Ahmed Essayad, a été présenté à Paris le 3 juin. Il s’agit d’un documentaire expérimental réalisé en 1982 pour remettre en question la propagande coloniale et l’exotisme qui y était présent.

Depuis les années 1980, ce musicien longtemps joué uniquement en Europe avant de l’être au Maroc a posé une question fondamentale. Les Marocains de l’étranger sont-ils condamnés face à la dévalorisation venue du regard des autres à rigidifier leurs identités et à s’enfermer plutôt que de créer des modernités auxquelles leurs adversaires finiront par s’identifier face à la qualité des propositions faites par de nouveaux créateurs ?