PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE – 7,4 MILLIARDS DE DOLLARS D’INVESTISSEMENTS PRIVÉS DANS QUATRE SECTEURS CLÉS

Le dernier Rapport de la Banque mondiale nous donne un éclairage important sur les enjeux économiques au Maroc pour les prochaines années. La BM s’est appuyé sur un travail de fond pour établir les priorités stratégiques de l’économie marocaine. Ce rapport revient sur plusieurs aspects qui pénalisent l’essor de l’économie nationale. D’abord, l’investissement privé qui reste insuffisant pour soutenir une croissance élevée et absorber la dynamique démographique. Dans ce contexte, il faut souligner qu’entre 2014 et 2022, il n’a représenté qu’environ un tiers de la formation brute de capital fixe, le modèle économique reposant encore largement sur la dépense publique. Les flux nets d’investissements directs étrangers (IDE) ont atteint en moyenne 1,3% du PIB entre 2019 et 2023, un niveau inférieur à celui de pays comparables comme l’Égypte (2,1%) ou la Tunisie (1,5%), et très en deçà de pays émergents comme la Colombie (3,9%) ou l’Albanie (7,2%).
Le deuxième point qui ralentit la croissance est lié à la croissance de la productivité du travail. Celle-ci s’avère insuffisante. Elle s’établit autour de 2,2% par an entre 2016 et 2019, contre 3,5% à 5% dans des économies en transformation rapide comme le Vietnam, la Pologne ou la Malaisie. À ce rythme, le Maroc mettrait plus de trois décennies à doubler sa productivité. Par ailleurs, l’informalité reste prégnante : plus de 77% de l’emploi total relève du secteur informel, qui représente également près d’un tiers du PIB.
Selon les chercheurs de la Banque mondiale, la concurrence déloyale du secteur informel est citée par 21,7% des entreprises, suivie de la corruption (15,7%) et des contraintes fiscales, notamment la complexité administrative et le niveau des impositions. Sans oublier les difficultés d’accès à une main-d’œuvre qualifiée, évoquées par 30,8% des entreprises, ainsi que les lourdeurs administratives : délais d’obtention des autorisations, incohérences dans l’application des réglementations et fragmentation des procédures. Il y’a aussi les problèmes liés à l’accès au financement qui représente une contrainte majeure. Bien que le secteur bancaire soit développé, le crédit reste concentré sur les grandes entreprises et les secteurs peu risqués. Les petites et moyennes entreprises (PME) ne captent ainsi que moins de 15% du volume total des prêts.
Dans cette optique, la Banque mondiale a identifié quatre secteurs jugés prioritaires, à la croisée des enjeux de transition énergétique, de modernisation industrielle et de développement territorial.
D’abord le potentiel solaire qui doit porter l’énergie marocaine, mais la production décentralisée reste marginale. Elle ne représente que 3,5% de la capacité solaire installée (857 mégawatts). Le secteur est freiné par un cadre réglementaire incomplet, des procédures complexes et l’absence de règles claires sur l’injection de l’électricité excédentaire.
il y a aussi le secteur textile qui emploie environ 234.000 personnes, dont une majorité de femmes, et représente près de 10% des exportations nationales. Compétitif en matière de coûts salariaux, le Maroc bénéficie également de la demande croissante liée au Nearshoring européen.
Il faut aussi préciser le rôle de la géographie marocaine. Doté d’un littoral riche et stratégique, le Maroc dispose d’un fort potentiel aquacole encore peu exploité. Malgré des zones déjà identifiées, les projets restent limités. Ici, il faut souligner les contraintes concernent la complexité des autorisations, l’insuffisance de coordination foncière et les restrictions sur les intrants alimentaires. Des réformes de simplification administrative pourraient attirer 1,96 milliard de dollars d’investissements et créer près de 75.000 emplois.
Il y a aussi l’apport de la production de l’huile en Arfan. Le Maroc assure la quasi-totalité de la production mondiale d’huile d’argan. Pourtant, 93% des exportations restent réalisées sous forme brute, limitant la création de valeur locale. Le développement du secteur est freiné par un manque de traçabilité et un cadre réglementaire complexe. Le Rapport recommande la mise en place d’un système numérique de traçabilité et une réforme des procédures de certification cosmétique. Ces mesures pourraient générer 0,6 milliard de dollars d’investissements et 17.700 emplois.