ANALYSE DU TAUX DE CHÔMAGE AU MAROC – L’ENQUÊTE DU HCP CHANGE LES DONNÉES

Si le chômage au Maroc s’établit à 10,8%, la réalité du terrain va au-delà et précise que 22,5% des actifs élargis sont soit au chômage, soit en situation de sous-emploi, soit en dehors du marché du travail.
La publication des résultats de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO 2026) par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) change les paramètres d’analyse des réalités du marché du travail au Maroc. Cette nouvelle enquête met l’accent sur un indicateur important qui permet une autre évaluation du chômage. Il en ressort que derrière un taux de chômage strict de 10,8%, c’est en réalité un besoin non satisfait de travail beaucoup plus large qui apparaît, touchant plus d’un actif sur cinq. Cette nouvelle lecture met en lumière une pression diffuse mais bien réelle sur l’emploi, souvent invisible dans les approches classiques. L’apport de cette nouvelle enquête réside dans le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui atteint 22,5% au premier trimestre 2026. Cet indicateur regroupe trois réalités : les personnes au chômage strict, celles en situation de sous-emploi (travaillant moins que souhaité) et une main-d’œuvre potentielle en marge du marché du travail. Ce qui veut dire que là où le chômage semblait relativement contenu, une part importante de la population active élargie apparaît en réalité insuffisamment mobilisée ou exclue de l’activité économique. Le marché du travail ne souffre donc pas uniquement d’un manque d’emplois, mais aussi d’un déficit d’intensité et d’accès à l’emploi. Dans ce sens, L’EMO 2026 introduit une définition plus stricte du chômage, limitée aux personnes sans emploi, disponibles et en recherche active, rompant avec les approches antérieures.
Dans cette logique, l’emploi est désormais restreint aux activités exercées contre rémunération ou en vue d’un profit, excluant certaines formes d’activités informelles ou d’autoconsommation. Surtout, l’approche devient multidimensionnelle, intégrant le sous-emploi et la main-d’œuvre potentielle pour mieux mesurer les tensions réelles.
C’est dans ce sens que le rapport met en évidence une faiblesse persistante : le taux de participation à la main-d’œuvre reste limité à 41,8%. Autrement dit, une large part de la population en âge de travailler demeure en dehors du marché du travail. Ce déficit d’inclusion est particulièrement marqué chez les femmes, dont le taux de participation plafonne à 17,5%, contre 66,4% pour les hommes. Ce déséquilibre structurel pèse directement sur la capacité de l’économie à mobiliser pleinement son capital humain.
Les données confirment que certaines catégories supportent davantage les déséquilibres du marché du travail. Les jeunes de 15 à 24 ans affichent un taux de chômage de 29,2%, tandis que leur taux de sous-utilisation atteint 45,3%. Leur insertion professionnelle reste ainsi l’un des défis majeurs.
Les femmes, quant à elles, cumulent les difficultés : faible participation, chômage plus élevé (16,1%) et exposition accrue à la sous-utilisation. Ces écarts traduisent des obstacles structurels persistants, liés à l’accès à l’emploi, aux conditions de travail et aux contraintes sociales.
Certaines régions, comme Dakhla-Oued Ed-Dahab ou Tanger-Tétouan-Al Hoceima, affichent des niveaux de participation et d’emploi plus élevés, tandis que d’autres, comme l’Oriental ou Guelmim-Oued Noun, cumulent des taux de chômage importants.


