MOHAMED MOURABITI À LA GALERIE 38: 40 ANS DE PEINTURE – TOUT ÇA POUR ÇA !

La titraille a de quoi attirer les aficionados, mais le rendu est-il à la hauteur desdites quatre décennies de travail ? Mohamed Mourabiti que je connais personnellement fait partie de ces plasticiens qui peinent à trouver une expression profonde de qui il est. Je ne parle ici ni de style ni de genre ni d’inclination ni d’effets de mode comme il est de coutume de traiter quand on veut parler de la peinture au Maroc. Du reste, pour que l’on soit clair, je n’aime pas la stylistique tout comme je rejette les effets trompeurs. Nous n’allons pas revenir ici sur le pourquoi du comment de l’art de peindre. Mais une précision s’impose dans le cas de Mohamed Mourabiti : ce sont quarante longues années qu’il est à la surface de lui-même. Comme s’il y avait une barrière entre ce qu’il fait et ce qu’il pourrait faire. Comme s’il y avait une digue infranchissable entre ce qu’il est et ce que sa peinture n’arrive pas à exprimer. Constamment à l’orée des choses. Toujours à la lisière de quelque chose dont la simple suggestion reste mince pour affleurer et donner sens à ce qui est donné à voir par le peintre. On a beau mettre la main dans cette eau picturale pour lui donner l’illusion de la profondeur, c’est peine perdue. On serait tenté de dire que : « La mauvaise peinture est tragiquement plus belle que la bonne, car elle dépeint la faillite humaine.» Mais ce n’est pas le cas chez Mohamed Mourabiti. Loin s’en faut. Il y a chez lui cette inclination au simplisme qui n’est pas simplicité. Car, celle-ci peut être d’une complexité intense et d’une profondeur intrinsèque. Chez Mourabiti, l’effet est tout le contraire : une platitude dans les formes couplée à un usage systématique de ce qui est supposé faire couleur locale : un signe, un trait, une forme dite géométrique que l’on tente vainement de charger d’historicité. Il n’en est rien. Même la vague et terne allusion à la spiritualité par la forme esquissée de ce qui pourrait être un marabout reste en-deçà de la mystique picturale dans ce sens que c’est juste un élément importé qui se noie dans des contours chargés de tant de vide tout en semant, ici et là, des éléments censés faire sens. Un jour Pierre Alechinsky avait répondu à une connaissance ceci de très vrai : « Tout ce que vous peignez sera retenu contre vous ». C’est ici le cas, et cela dure depuis de nombreuses années où Mohamed Mourabiti, à coup sûr, un bon hôte pour recevoir des peintres, mais ne devrait-il pas s’en contenter puisqu’il ne recycle que ce qu’il a toujours fait en le faisant de moins en moins profond. Même ces affleurements que l’on dit faire référence à des seins de femme ont perdu de leur sensualité et de leur fermeté artistique. Je sais ou du moins je le suppose, Mohamed Mourabiti connaît la fameuse saillie de Jean Dubuffet disant ceci : « Peindre n’est pas teindre ». Sauf que face aux derniers travaux qui reviennent sur les quarante ans de Mohamed Mourabiti, nous sommes loin de la peinture et proches de la teinture. Nous sommes face à une forme de facilité qui n’est pas celle de la maîtrise mais du manque de coffre et d’intensité. Ce qui fait qu’au final, nous sommes en droit de conclure avec cette vérité qui a toujours droit de cité : « La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir ».