ÉTUDIER AU MAROC, APPRENDRE LE MONDE

Le Maroc n’est plus seulement un pays qui envoie ses étudiants se former à l’étranger. Il devient progressivement un pays où l’on vient étudier, se former, innover et construire son avenir. Cette transformation universitaire change aussi notre manière de penser l’éducation de nos jeunes : avant de partir conquérir le monde, encore faut-il apprendre à y entrer avec autonomie, maturité et responsabilité.
Pendant longtemps, dans l’imaginaire de nombreuses familles marocaines, l’excellence universitaire semblait avoir une adresse : l’étranger. Paris, Londres, Bruxelles, Montréal, Madrid ou ailleurs. Partir après le baccalauréat était souvent considéré comme une consécration, comme si la distance parcourue garantissait à elle seule la qualité du parcours. Mais le Maroc universitaire a profondément changé. En quelques années, le Royaume a développé une offre d’enseignement supérieur diversifiée, spécialisée et de plus en plus ouverte sur l’international. Des universités nouvelles, des écoles d’ingénieurs, des établissements spécialisés, des formations scientifiques, médicales, technologiques et managériales composent désormais un paysage académique qui mérite d’être regardé avec confiance. L’Université Mohammed VI Polytechnique en est l’un des symboles les plus visibles. Recherche, innovation, entrepreneuriat, sciences, ingénierie, agriculture, énergie, environnement, intelligence artificielle, économie et nouvelles technologies s’y rencontrent dans un même écosystème. Dans le domaine de la santé, l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé participe également à cette transformation avec une offre qui couvre notamment la médecine, la pharmacie, les sciences infirmières, la santé publique, l’ingénierie biomédicale et la recherche. L’Université Internationale de Rabat, les grandes universités publiques, les écoles d’ingénieurs et les établissements spécialisés contribuent eux aussi à élargir les possibilités offertes aux jeunes. Cette évolution raconte quelque chose de plus grand : le Maroc est en train de devenir une véritable destination universitaire africaine. Des étudiants du continent viennent y chercher des compétences, des réseaux et une expérience académique et culturelle. Le Maroc devient ainsi un espace où se rencontrent les jeunesses africaines et où se construisent des liens professionnels qui peuvent durer toute une vie. Un étudiant africain formé au Maroc repartira demain dans son pays avec un réseau marocain ; un étudiant marocain travaillant avec des jeunes venus de différents pays du continent apprend déjà que le monde ne commence pas nécessairement ailleurs. Il commence aussi en Afrique. Le Maroc peut donc être un point d’ancrage, sans jamais être une fermeture. Car c’est parce que l’on possède des racines que l’on peut voyager sans se perdre. Voilà pourquoi la question de l’expatriation universitaire mérite aujourd’hui d’être repensée. Faut-il nécessairement partir à dix-huit ans ? Pas toujours. Un jeune peut être brillant et manquer d’autonomie. Il peut obtenir d’excellentes notes et ne jamais avoir géré seul son quotidien, son budget ou ses démarches. Il peut parler plusieurs langues et ne pas savoir vivre avec la solitude, la frustration ou la responsabilité. Les parents marocains sont aujourd’hui très présents dans la vie de leurs enfants. Ils veulent les protéger, les accompagner, leur éviter les difficultés. Cette implication est une expression naturelle de l’amour familial, mais elle peut devenir contre-productive lorsqu’elle empêche l’apprentissage progressif de l’autonomie. L’autonomie ne se décrète pas le jour où l’enfant prend l’avion. Elle se construit bien avant : gérer son temps, son budget, ses déplacements, ses démarches, ses relations, accepter une erreur, résoudre un problème, prendre une décision sans attendre systématiquement l’intervention des parents. L’université peut devenir ce formidable espace de maturation. Les premières années d’études au Maroc peuvent constituer un véritable sas de maturité : le jeune gagne en liberté tout en évoluant dans un environnement encore proche de ses repères culturels. Il apprend à travailler autrement, à organiser son temps, à construire son projet professionnel, à rencontrer d’autres étudiants, à prendre des responsabilités et parfois à échouer pour mieux recommencer. Puis vient l’expérience internationale : un semestre d’échange, un stage, une année universitaire, un double diplôme, un master ou une expérience professionnelle. À ce moment-là, l’étranger n’est plus une fuite. Il devient une extension naturelle de la formation. S’ancrer pour mieux partir. Partir pour mieux revenir. Cette philosophie pourrait devenir une véritable stratégie éducative. Car le monde universitaire de demain sera profondément international. Nos jeunes travailleront avec des personnes de cultures différentes, passeront d’un pays à l’autre, évolueront dans des entreprises multinationales et devront comprendre des codes professionnels multiples. Voyager ne suffit pas : il faut savoir rencontrer. Vivre ailleurs ne suffit pas : il faut savoir s’adapter. Parler une langue ne suffit pas : il faut comprendre une culture. La préparation doit donc commencer avant le départ. Préparer un jeune à l’étranger, ce n’est pas seulement choisir une université et trouver un logement. C’est lui apprendre à gérer son budget, ses déplacements, son temps, ses démarches, ses relations, la solitude et les différences culturelles. Nous entrons d’ailleurs dans une époque paradoxale où les jeunes seront de plus en plus assistés technologiquement. L’intelligence artificielle pourra organiser leur travail, rechercher des informations, traduire, planifier et faciliter une multitude de tâches. Mais plus la technologie prendra en charge certaines fonctions, plus l’éducation devra préserver ce qu’elle ne peut pas remplacer : le jugement, l’effort, la responsabilité, la relation humaine et la capacité à décider. Nous ne devons pas fabriquer une génération incapable d’agir sans assistance. Nous devons former une génération capable d’utiliser intelligemment les assistants sans devenir elle-même assistée. L’université marocaine peut jouer ce rôle : former, mais aussi responsabiliser ; transmettre des connaissances, mais aussi apprendre à travailler, débattre, créer, entreprendre et prendre sa place dans la société. C’est là que l’évolution de notre enseignement supérieur prend toute sa dimension. Le Maroc ne doit pas seulement chercher à retenir ses jeunes. Il doit leur donner les moyens de devenir suffisamment solides pour circuler dans le monde et suffisamment attachés à leur pays pour contribuer à son développement. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre le Maroc et l’étranger, mais de construire un parcours cohérent. Le Maroc peut constituer une base académique solide, africaine et internationale, tandis que l’étranger devient une expérience supplémentaire. Notre pays dispose aujourd’hui d’universités capables de porter cette ambition, d’établissements qui travaillent avec la recherche, l’entreprise, l’innovation, les nouvelles technologies et les grands enjeux du continent. Cette dynamique doit être davantage connue et valorisée auprès des familles. Car il existe encore un réflexe ancien : considérer que la réussite commence forcément ailleurs. Il faut peut-être inverser la perspective. Pourquoi ne pas dire à notre jeunesse : commence ici, construis-toi ici, découvre ici ton pays et ton continent, puis pars découvrir le reste du monde ? Pourquoi ne pas faire du Maroc une première expérience internationale pour les jeunes Africains et une première école d’autonomie pour les jeunes Marocains ? Une puissance universitaire ne se construit pas seulement avec des bâtiments et des diplômes. Elle se construit avec une culture du savoir, de la mobilité, de la responsabilité et de l’ouverture. À nos parents, il faut donc dire une chose simple : ne confondez pas protection et préparation. Préparer son enfant au monde, ce n’est pas lui éviter toutes les difficultés ; c’est lui donner les outils pour les affronter. À nos jeunes, il faut également rappeler que la qualité de leur avenir ne se mesure pas au nombre de kilomètres qui les séparent de leur pays. La réussite peut commencer à Casablanca, Rabat, Benguerir, Fès, Marrakech, Tanger ou ailleurs au Maroc. Elle peut ensuite se poursuivre à Paris, Montréal, Londres, Tokyo ou Nairobi. Mais partout, une chose restera déterminante : ce que l’on aura construit en soi avant de partir. Le Maroc universitaire est en train de changer d’échelle. À nous maintenant de changer notre regard. Le jeune Marocain n’a plus seulement besoin de partir pour trouver le monde. Il peut commencer par le rencontrer ici. Et peut-être que la véritable modernité éducative marocaine sera précisément celle-ci : former des jeunes suffisamment enracinés pour savoir d’où ils viennent, suffisamment autonomes pour savoir où ils vont et suffisamment ouverts pour comprendre que leur université peut être marocaine, africaine et mondiale à la fois.


