LE FASCISME INTERNATIONAL NE SERA PAS ÉLIMINÉ PAR DES MANŒUVRES POLITIQUES

« Le fascisme n’est que l’expression politiquement organisée de la structure caractérielle de l’homme moyen, structure universelle et internationalisation qui n’est nullement le propre de races, nations ou partis déterminés. Le fascisme est l’attitude émotionnelle fondamentale de l’homme opprimé par la civilisation machiniste autoritaire et son idéologie mécaniste-mystique. C’est le caractère mécaniste-mystique des hommes de notre temps qui suscite les partis fascistes et non l’inverse. Le fascisme international ne sera pas éliminé par des manœuvres politiques. Il cédera à l’organisation naturelle, internationale du travail, de l’amour et de la connaissance ». C’est ce que pensait Wilhelm Reich quand il a écrit « La Psychologie de masse du fascisme » en 1933. Adolf Hitler gagnait alors les élections avec son parti nazi et devient chancelier de l’Allemagne. Le troisième Reich est né. La suite appartient aux pages noires de l’histoire de l’humanité. Mais, les propos de Wilhelm Reich ne sont pas tout à fait pertinents. D’abord, il y a ce point qui mérite que l’on s’y attarde. Il s’agit de cette assertion : « C’est le caractère mécaniste-mystique des hommes de notre temps qui suscite les partis fascistes et non l’inverse ». L’équation est plus complexe qu’il n’y paraît et implique plusieurs facteurs qui vont au-delà des sociétés mécaniques modernes, avec justement leur mystique inféodée à la dictature du travail. Les fascismes naissent de l’asservissement des hommes au profit du capital et des moyens de production. Les fascismes peuvent être déguisés en démocraties libérales, mais elles sont fondamentalement aussi totalitaires que les pires régimes « communistes » que le XXème siècle a produit en cascade. L’unique différence réside dans ce point : lesdites démocraties déguisent leur terreur ; les régimes dits dictatoriaux l’affichent pignon sur rue. Les nuances sont très minces et ne résistent pas à une fine analyse qui va à la source et aux fondamentaux de chaque pratique politique, dans ses soubassements à la fois financiers et économiques. Car, c’est de cela qu’il s’agit : gérer et faire fructifier le capital. Chacun a sa manière de le faire, mais les dégâts sont les mêmes, avec des allures et des façades différentes. Ensuite, Wilhelm Reich ajoute que : « Le fascisme cédera à l’organisation naturelle, internationale du travail, de l’amour et de la connaissance ». Si le savoir peut réveiller les populations, il n’en demeure pas moins un instrument fasciste dans toutes ses versions en circulation aujourd’hui, et ce, dans toutes les sociétés du monde. L’idée même de ce qui doit être connu et mis en avant obéit à une segmentation des idées qui place ce qui embrigade en avant et relègue aux oubliettes tout ce qui peut aider l’individu à garder un soupçon d’indépendance et de liberté de penser par lui-même. Quant à l’internationale du travail, elle consacre l’asservissement des hommes tenus en otage par un salaire synonyme de condamnation à vie. Nous opposons à la pensée de Wilhelm Reich celle de Bertrand Russell quand il écrit « Pourquoi je ne suis pas communiste » en 1936. Ici, l’analyse est plus percutante. Elle interroge l’essence même de la problématique et amorce une autre approche, plus juste et surtout plus réaliste : « La doctrine de Karl Marx était déjà assez mauvaise, mais les développements qu’elle subit sous Lénine et Staline l’ont rendue bien pire. Marx avait enseigné qu’il y aurait une période de transition révolutionnaire suivant la victoire du prolétariat dans une guerre civile, et que durant cette période le prolétariat, conformément à la pratique habituelle après une guerre civile, priverait ses ennemis vaincus du pouvoir politique. Cette période devait être celle de la dictature du prolétariat. Il ne faut pas oublier que, dans la vision prophétique de Marx, la victoire du prolétariat devait survenir après qu’il serait devenu la vaste majorité de la population. La dictature du prolétariat, telle que conçue par Marx, n’était donc pas essentiellement antidémocratique », souligne Bertrand Russell. Sauf que la dictature du prolétariat n’a jamais eu lieu et Karl Marx s’était trompé sur toute la ligne, malgré la force de bon nombre de ses idées que nous pouvons considérées comme primordiales encore aujourd’hui. La révolution, selon Karl Marx devait surgir dans un pays qui doit nécessairement passer par la phase du capital et de l’économie industrielle au service de la bourgeoisie. L’auteur du « Capital » était certain que le soulèvement des travailleurs allait se produire en Angleterre ou en Allemagne ou encore en France. La révolution survient en Russie, qui passe du féodalisme au communisme et saute une étape majeure dans le cheminement de la dialectique selon Marx. D’un côté, les États qui avaient entamé leur révolution industrielle arrivaient à contenir tous les mouvements d’insurrection et d’anarchie, souvent dans le sang et la terreur. De l’autre, les empires à la traîne, Russie et Chine sont passés de leur Moyen-âge au totalitarisme assumé et revendiqué. Bertrand Russell précise ce qui suit : « En Russie, en 1917, cependant, le prolétariat ne représentait qu’un faible pourcentage de la population, la grande majorité étant composée de paysans. Il fut décrété que le parti bolchevik constituait la partie consciente de classe du prolétariat, et qu’un petit comité de ses dirigeants était la partie consciente de classe du parti bolchevik. La dictature du prolétariat devint ainsi la dictature d’un petit comité, et finalement d’un seul homme -Staline ». Ce que certains penseurs ont pris pour une anomalie historique n’en était pas une. Loin de là, puisque c’est chez les peuples où les paysans étaient une majorité que la dictature a pris racine, alors que dans les pays industrialisés, avec une bourgeoisie capitaliste, arrivaient déjà à maintenir sous pression les populations et faisaient avorter dans l’œuf toute tentative de révolution. Les tragiques événements de Haymarket Square, en 1886, à Chicago aux USA, la Commune à Paris, l’Italie de Malatesta, l’Espagne de Durruti et d’autres, montrent à quel point le tour de vis de la terreur du capital était plus fort que toutes les insurrections, faisant des millions de morts et poussant de nombreux activistes à ce que l’histoire a retenu sous le nom très symbolique de « La propagande par les faits » tuant des chefs d’État de la Grèce au Portugal en passant par la Bosnie, l’Italie, la Bulgarie, la Roumanie, l’Autriche, la Serbie… Quant à la sainte Russie, après la chute du régime des Tzars, Lénine achevait de canaliser le totalitarisme de l’État que Staline parachèvera en longue et terrible machine sanguinaire qui a écrasé des centaines de millions d’individus faisant plus de victimes que la deuxième guerre mondiale : « En tant que seul prolétaire conscient de classe, Staline condamna des millions de paysans à mourir de faim et des millions d’autres au travail forcé dans des camps de concentration. Il alla même jusqu’à décréter que les lois de l’hérédité devaient désormais être différentes de ce qu’elles étaient auparavant, et que le germen devait obéir aux décrets soviétiques. Je suis totalement incapable de comprendre comment il se fait que certaines personnes, à la fois humaines et intelligentes, aient pu trouver quelque chose à admirer dans le vaste camp d’esclaves produit par Staline ». La machine de l’horreur passe sur l’humanité et fait des émules faisant du même coup du XXème siècle le siècle le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. Face à cette barbarie, le vœu de Nestor Ivanovič Makhno résonne comme un testament : « L’anarchisme ne dépend pas de théories ou de programmes qui tentent d’appréhender la vie humaine dans sa globalité. C’est un enseignement fondé sur la vie réelle, qui dépasse toutes les limites artificielles et ne peut être restreint par aucun système ».
